Quand j’ai crié

Quand j’ai crié, ma princesse, je ne sais pas ce qui m’a pris. Quand j’ai crié, mon amour, on aurait dit que ce n’était pas moi. Mais c’était moi. Quand j’ai crié, ma crevette, je…
J’ai crié. Pour une vague histoire de courgettes.
J’ai hurlé.
Je me voyais faire. Je n’arrivais plus à m’arrêter. On aurait dit que ce n’était pas moi . Mais c’était moi.
On aurait dit que j’étais deux. Un animal. Et moi.
Drôle de sentiment qu’est la colère.
J’aurais tant aimé que ce ne soit pas moi. Mais c’était moi.
Et toi, ma princesse. Tu me regardais comme l’animal que j’étais devenue. Interloquée. Non, c’est trop fort. Étonnée plutôt. Tu avais l’air de te demander comment j’étais capable de sortir de tels sons.
Et toi, mon amour. Tu me souriais. Et ton sourire me rendait plus folle encore. Tu me trouvais sans doute drôle à gesticuler ainsi.
Et toi, ma crevette. Tu restais calme. Avec toute ta détermination à ne pas manger. Ces foutues courgettes. Sûre de toi. Et la tête haute.
Tu as attendu. Que l’orage passe.
Des larmes ont coulé. Les miennes. L’animal est parti. Il ne restait plus que moi. Qui avais observé la scène. Et l’avais trouvé bien triste.
Moi, l’adulte,qui avait été emportée par une émotion plus forte que ce qu’il reste de ma pauvre raison.
J’étais désolée. Comme des ruines dans un pays en guerre. Mais il n’y avait plus grand chose à faire. Qu’à contempler l’étendue du désastre.
Alors toi, ma princesse, mon amour, ma crevette, dans toute ta sagesse de petite fille, tu as posé tes deux petites mains sur mon visage. Tu m’as demandé de t’écouter. Et tu m’as dit:”et toi?  Pourquoi t’es colère, toi? ”
Alors, j’ai compris. J’ai compris que je ferai d’autres erreurs. Mais que tu serais là. Et que grâce à toi, peut-être, je grandirai.