Chialer en écoutant Renaud 

En cloque .  Moi je serai jamais .  En cloque .  

Tous les jours .  Ça va bien parce que je suis du genre à aller bien . Du genre qui rigole et qui sourie. Du genre qui préfère faire le ménage en dansant.  

Mais y des jours. Non, des instants .  Où  la tristesse gagne .  Où  je réalise.  Que sûrement ça n’arrivera plus. De sentir un bébé dans moi. Et puis les tétées. Ça n’arrivera plus de ne pas dormir ou que 2h. Mais c’est pas grave. 

Ça n’arrivera plus l’incroyable joipeur devant les 2 bâtons du tests .  Ça n’arrivera plus les rirlarmes. L’intensité du sentiment de la vie. La sensation de l’indispensabilité. 

C’est pas grave. Parce que je me remplirait d’autre choses. Je me remplit ailleurs.  J’aurai d’autres  intensités .  

Y aura pas d’autre bébé.  

Sûrement pas .  

Ça fait juste drôle de le dire et de l’écrire.

Ça paraît si absurde que j’ai souvent besoin de le dire. Peut être pour m’en persuader. Je suis tellement désolée les copains. C’est comme une rengaine mes mauvaises blagues sur mon ventre vide.  Un mauvais refrain d’une mauvaise chanson. Et vous qui avez la douceur de me sourire pour cacher ce malaise, que ce gimmik fait planer. 

Y aura plus de joipeur ni de rirlarmes . 

C’est un peu comme un deuil sans mort. Je peux pas trop pleurer parce que bon. J’ai perdu personne. 

Je peux pas trop pleurer parce bon. J’ai déjà tellement .  Tellement d’amour autour de moi. 

Je  peux pas trop pleurer. Parce bon. J’ai déjà eu un bébé . 

Alors, juste un instant, comme une bouffée de chagrin, je chiale en écoutant Renaud .  Je rerirai demain .  D’ac? 

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Combles

Je fume, je comble.
Je coud, je comble.
Je cours, je comble.
J’achète , je comble.
Je bouffe,je comble.
Je comble le manque de toi, petit tout. Toi, qui prend ton temps.  Toi, qui hésites. 
Pour t’avoir, j’arrête de fumer. Encore plus de couture, de course. J’espère pas trop de bouffe.
Je comble le manque de toi, petit début. 
D’ac, promis, je fais un trait sur la famille nombreuse que j’avais rêvée.  On sera que nous 4. Papa. Luce. Et moi. Et toi.
Ce sera chouette, tu verras.  Lulu a déjà plein de projets avec toi.  Il faut pas que ça te fasse peur.  Elle sera une super grande soeur. Elle s’entraîne dur et chaque jour.
Allez, quoi fais pas ton timide.  Y a pire comme famille.  Chez nous, c’est chouette.  Y a un chien bizarre et un chatte râleuse.  On se taquine. On se bagarre . Pour rire toujours.  Parfois, c’est vrai, on s’engueule.  Mais ça passe.  Pis on se pardonne.  On se câline. Beaucoup.  On a même le droit de manger devant les dessins animés.  De temps en temps.
On rit.
Allez quoi, viens.
Les combles , c’est pour les vieux trucs. Et c’est à ça que commence à ressembler mon utérus. Des combles poussiéreux.  Avec des toiles d’araignée et trop de jouets abandonnés. Des déguisements dédaignés. 
Allez, viens m’habiter.  Viens faire le ménage dans ces trésors, je suis sûre qu’ils peuvent servir encore.
Viens. On sera bien là, tous les 4. On regardera les poissons et les grenouilles.  Tu rencontreras les copains. Tu verras, y en a plein. A l’apéro, y a toujours des chips et des saucisses.  Tu aimeras peut être le saucisson et le melon? Lulu aime pas trop. Les après-midi, tu verras, des fois on boit des cafés avec les copines. Enfin,toi tu joueras avec tes copines et moi je boirai des cafés. Tu vois,c’est déjà tout organisé.
Allez. Viens. Petit tout.
Je suis fatiguée de combler.

C’est bien fait pour ta gueule.

J’ai confiance en l’espèce humaine. J’ai vu 50000 personnes se lever pour acclamer une soprano . Puis j’ai vu un piano murmurer à l ‘oreille de chacune de ces personnes. Un chef d’orchestre roule des hanches avec Yannick Noah. Des joueurs d’un instrument traditionnel arménien appelé duduk ensorcèlent le public et puis après, avec tout un orchestre symphonique dansent en farandole sur un chant camerounais. Alors j’ai confiance en l’espèce humaine.

C’était pas gagné. Passque l’autre jour.

Le mac do est bondé. On est un peu triste parce que c’est le retour des vacances. Et le mac do est bondé.  Envahi par une horde de vacanciers affamés. Parmi le vacarme, un cri perçant . Suivi d’un rugissement: c’est bien fait pour ta gueule. Comme on attend nos plateaux, on a le temps d’observer la scène.  Un peu comme à la télé.  Le rugissement sort de la bouche d’une jeune dame toute ronde et tout de stretch rose vêtue.  Le cri de la bouche de son tout petit garçon. 
D’autres cris et d’autres rugissement , une empoignade. Et puis le brouhaha ambiant reprend .

Alors, j’avais plus du tout confiance. On est pas des parents parfaits, hein. Loin de là. Hein. Mais je me disais juste que c’était pas gagné pour l’espèce. Si quand un enfant se fait mal, on lui redonne une baffe. Si quand un enfant pleure, on l’engueule.
Je sais, c’est super dur l’éducation bienveillante, et d’être à l’écoute. Partout. Tout le temps. Et puis de quel droit, je juge moi. Dans ma petite routine. Mon petit confort. Cette maman, elle est peut être juste épuisée. Angoissée. En colère. Pour d’autres trucs.
Mais quand même, ça m’a inquiétée. J’ai plus eu confiance pour l’avenir. Si tout le monde est pas persuadé que d’éviter les baffes petits, ça évite la violence plus tard. Peut-être même les guerres, qui sait. La torture et tout le reste. Je me dis si, chez toi, tu es en sécurité, que c’est inimaginable de se prendre une torgnole, que quand t’as un soucis, tu as toujours quelqu’un sur qui compter, et qui va te câliner si tu t’es fait un bobo. Alors je me dis, plus tard quand tu seras grand, tu hésiteras un peu avant de foutre un pain à ton conjoint ou un flingue sur la tempe d’un inconnu.

Mais là, maintenant, j’ai confiance. J’ai ma petite fille endormie dans mes bras, et 50000 personnes clament haut et fort aux arbres citoyens, un monde pour demain. Alors, là , tout de suite , j’ai confiance et la larme à l’oeil.
Ps.: aujourd’hui, je suis sur une plage. A royan. Je suis au violon sur le sable.

Revenir.

Vivre la cruauté.  Dans son énormité.  Ressentir la violence sans les coups. Ètre assommé. 
Revenir. Continuer. Revenir vers l’autre gros ventre qui nous attend. L’épanoui.  Le bienheureux.  Être là comme d’habitude.  Parce qu’elle n’y est pour rien. Les yeux rougis , certes.
Une cigarette.  Un café.  Parler. Se serrer. Se câliner.
Rentrer chez soi. Faire comme d’habitude.  Parce qu’ils n’y sont pour rien. Les yeux rougis, certes. Cuisiner. Mal, certes.
Être pieds nus. Resentir le bois du parquet sur la plante des pieds. Revenir. Prendre le tricot. Parce que ça au moins, j’ai le pouvoir dessus.
Demain, revenir au boulot.
J’aurais juste aimé, arrêter le temps.  Me recroqueviller. Faire le foetus dans mon bain. Prendre mon livre. Ne plus en parler. Ne plus raconter. Ne plus écouter.  Me recroqueviller.
Demain. Revenir au boulot.

Les yeux rougis. Certes.

Attention, attention, humeur avec plein de gros mots dedans

On dit souvent que les garçons pensent avec leur bite.
Plus précisément, les filles disent ça.
Sexisme ordinaire.
Le présupposé de cette assertion est sans doute que, nous, les fâaaames, on pense avec l’organe prévu pour. Notre cerveau.

Et bien c’est faux. Oui. Démonstration? Démonstration.

1) Les filles , ça pense avec l’organe dont elles ont besoin. 
On pense avec notre estomac quand on a faim. On devient notre petit orteil, celui qui sert à rien, quand on s’est cogné dans ce putain de pied de table basse de mes gonades.

Moi, présentement, qui cherche à faire un enfant, je pense avec mes ovaires aux alentours de J14. Puis avec mon utérus. Je lui parle même.  J’ai de grandes conversations avec mon utérus.  Oui oui. Bon,  de grands monologues surtout. Plutôt du genre buté, la bestiole. En toute fin de cycle, je le supplie. Mon cerveau est tout entier localisé dans ma culotte.
Idem quand j’allaitais, mon cerveau était entièrement dans mes nibards.  Une seule pensée m’obsédait. J’ai assez? Est-ce que j’ai assez? Putain de bordel de merde, j’ai PAS ASSEZ! J’ai assez? Oui, je dois avoir assez. Et si j’avais pas assez? C’est sûr, j’ai pas assez. (Sanglots) J’ai pas assez (re-sanglots) .
Vous conviendrez, que l’intelligence de ce genre de discours est quand même gravement limitée.
Si mon cerveau avait joué son rôle d’organe doué de raison, il m’aurait dit : regarde ton bébé, il est tout joufflu.  Tout rose et bien portant. Regarde, il a niqué tous ses beaux bodies avec ses magnifiques cacas jaunes . Regarde, il te pisse joyeusement dessus. Regarde. PUTAIN, MAIS REGARDE BORDEL, T’ES CON OU QUOI?  Oui mon cerveau m’aurait pourrie.  Mais mon cerveau s’est tu. Mes nichons étaient les seuls patrons. Ils commandaient mon humeur. Hystéro-euphorique, si gros et dégoulinants.  Suicidaire, si raplapla. Ou ne ne se vidant pas. Ou douloureux.  Ou….

2) Là où la gonzesse ordinaire sème le trouble, c’est qu’elle est capable d’être entièrement concentrée sur ses mamelons ou son slip,  tout en menant une conversation normale, voire enjouée.  Pas plus tard qu’hier, j’ai bossé.  Oui, bossé. J’ai examiné des patientes. Posé des perfusions, rassuré sur des allaitements, ri avec mes collègues , même posé des diagnostics.  Mouhahaha. Personne ne s’est douté une seconde que j’étais devenue ma culotte en coton.
Nous sommes capables d’être en pilote automatique et même de prendre des décisions adaptées, alors même que nous sommes réduite à un canal galactophore. 

3) parce que toute démonstration comporte 3 points. 

Bref. Les mecs pensent peut-être avec leurs bites. Mais nous pensons avec nos vagins et nos seins. Ne nous leurrons pas, nos miches ne sont pas plus brillantes.

Parfois. Juste de temps en temps, j’aimerais bien que mon cerveau reste à sa place. Dans ma tête. Parce qu’à force de voyager dans tout mon corps, ben, moi, j’ai mal au coeur.

Régurgitations.

Bon. Aujourd’hui, je vous le dit ça me saoule de vous causer d’allaitement.  Ouais.  Chuis trop une rebelle.  On est dans un magazine sur l’allaitement.  C’est la semaine mondiale de l’allaitement. Bon. Ben moi, je vais bientôt vomir tout le lait maternel que j’ai jamais bu.
Ras le nichon de vous parler de mes mamelons. Et des vôtres. Et si on parlait de vos vagins plutôt? Non? La prochaine fois, alors.
La “smam” de son petit nom, c’est comme les restos du coeur. On s’est dit on se fait ça quelques temps, comme ça, le temps d’informer tout le monde et pis on arrête dès qu’on a fait le taf. Ça fait 22, allez 21 ans, que ça aurait dû s’arrêter. Ça aurait même pas dû exister. Ou alors juste histoire de bouffer des muffins entre copines, avec les morpions en écharpe.
Je voudrais tellement que ça soit fastoche de filer à boire à son bébé.  Je voudrais tellement qu’on ait pas à se poser la question. 
C’est tellement compliqué le reste aussi.  L’éducation, la peur de l’avenir.
Quand je vois ma fille de 4 ans qui joue à tirer son lait (pour le donner à papi et mamie), je suis contente. Je me dis que pour elle, ce sera peut-être pas plus facile, mais plus évident. Plus “naturel “, même si on est d’ac que, dans nos sociétés ultra manufacturées,où le “naturel ” s’appelle “nude”, et la simplicité s’appelle Apple, la nature est bien planquée.
Alors oui. Je voudrais qu’on ait pas besoin d’une semaine.  Ni même d’une journée.  Je voudrais qu’on ait pas besoin d’un magazine ou de bouquins. Je voudrais qu’on ait pas besoin d’apprendre,  que  ce soit juste normal. Que je ressemble pas à une ayatollah de la miche quand j’encourage à allaiter plus de six mois. Que dis- je? Plus d’un mois. Un jour? (ou peut être une nuit, près d’un lac, je m’étais… heu… Je m’égare). Je voudrais qu’il y ait la paix partout dans le monde et que tout le monde se roule gaiement dans la rosée fraîche du matin.
Mais bon.
Je dis pas que, si tout le monde était convaincu, les mères n’auraient plus de crevasses et que la mastite serait un gros mot d’ancien français. Je dis pas ça. Je dit juste qu’en gaspillant moins d’énergie à convaincre et à informer, on aurait plus de temps pour agir et aider. Pour de vrai quoi. Concrètement.
Allez, p’têt qu’à force d’en parler, d’informer, d’expliquer, d’étudier, ma fille, dans 20 ans, n’aura pas à apprendre. A s’échiner, s’acharner. S’emmerder.  Juste pour filer à bouffer à ma petite fille.
P’têt que tous les bébés seront allaités.  Partout. Tout le temps. Et les mères encouragées. Par tous. Jamais jugées.  Soutenues et respectées. Aimées.
Et comme ça, on pourra parler d’autre chose. Parce que moi, entre nous, là,  je vous le dit. Hein . L’allaitement, ça me saoule.

P.S: une petite précision, je ne dévalorise absolument pas le formidable travail de tous les pros et les pas pros pourle marketing la promotion de l’allaitement . Je vénère trop pour ça mon adorable et incroyablement intelligente rédac en chef, de surcroît très belle et très drôle. Hein.