Les nouveaux papas

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Les nouveaux papas. Je sais pas trop si on peut vraiment les appeler comme ça. Comme tous les termes génériques, ça sonne un peu faux. On dirait qu’on en parle comme de la nouvelle cuisine. Une espèce de catégorie fourre-tout dont on ne sait pas vraiment ce qu’elle recouvre.
Alors,  je vais plutôt vous raconter le nouveau papa qui vit avec moi.
Le nouveau papa est un bipède. Qui devient très aisément quadrupède.
Le nouveau papa n’est pas paternaliste. Il est paternel comme on dit d’une mère qu’elle est maternelle. Il est d’ailleurs parfois souvent plus maternel que la maman. Je me demande s’il ne venge pas tous les papas qu’on n’a pas, qui ne se sont pas autorisés à la materpaternalité. C’est assez casse-pied tous ces mots sexués.
Le nouveau papa fait du peau à peau avec son nouveau-né. Toute la nuit pour que je puisse me reposer. S’il pouvait, il donnerait la tétée. C’est assez casse-pied tous ces corps sexués.
Le nouveau papa fait la cuisine et les courses. Le ménage aussi. Et du coup râle s’étonne que la nouvelle maman que je suis, soit capable de foutre mettre un tel bordel chantier en si peu de temps.
Le nouveau papa s’agace d’entendre à longueur de 8 mars la description des inégalités hommes/femmes au sein du foyer. Forcément, lui, c’est l’opposé.
Le nouveau papa câline, console, joue et s’ébroue, pratiquement sans se lasser.
Le nouveau papa est fan de son bébé. Il adore l’habiller et la déguiser, en princesse qu’elle est.
Le nouveau papa est si tendre que, parfois, il ressemble à un chamallow. Dont il doit avoir le goût, vu tous les bisous que le nouveau bébé lui fait.
Ouhla attention je vire bisounours… Qu’on ne s’y trompe pas, le nouveau papa a des défauts. Il n’est par exemple pas pourvu d’un odorat très sûr… Comment expliquer, sinon, ce manque de goût pour les délicieux cacas d’allaitement de nouveau bébé? Comment? Y a que moi qui trouve que cette merveilleuse texture jaune sent la canelle? Mouais.
Le nouveau papa n’aime pas l’écharpe. Ça tient trop chaud. Pis, la rolls des poussettes qui reste au garage, telle une porsche avec laquelle il n’aurait pas le droit de jouer, ça, c’est dur à vivre quand même. Alors que, bon, il a suivi les cours par correspondance de polytechnique en accéléré pour ne pas se planter dans le choix.
Le nouveau papa est ambivalent. Il voudrait faire des grasses matinées et profiter de nouveau bébé toute la journée. Il adore être son super héros mais étouffe parfois devant tant d’exclusivité.
Le nouveau papa, c’est mon amoureux. C’est une maman comme les autres, qui en plus me fait rire et sait oublier qu’il est un papa parfois.
Voilà, c’est un billet peut-être un peu cucul. Désolée. Mais c’est une déclaration d’amour, alors bon, forcément…

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Quand j’ai crié

Quand j’ai crié, ma princesse, je ne sais pas ce qui m’a pris. Quand j’ai crié, mon amour, on aurait dit que ce n’était pas moi. Mais c’était moi. Quand j’ai crié, ma crevette, je…
J’ai crié. Pour une vague histoire de courgettes.
J’ai hurlé.
Je me voyais faire. Je n’arrivais plus à m’arrêter. On aurait dit que ce n’était pas moi . Mais c’était moi.
On aurait dit que j’étais deux. Un animal. Et moi.
Drôle de sentiment qu’est la colère.
J’aurais tant aimé que ce ne soit pas moi. Mais c’était moi.
Et toi, ma princesse. Tu me regardais comme l’animal que j’étais devenue. Interloquée. Non, c’est trop fort. Étonnée plutôt. Tu avais l’air de te demander comment j’étais capable de sortir de tels sons.
Et toi, mon amour. Tu me souriais. Et ton sourire me rendait plus folle encore. Tu me trouvais sans doute drôle à gesticuler ainsi.
Et toi, ma crevette. Tu restais calme. Avec toute ta détermination à ne pas manger. Ces foutues courgettes. Sûre de toi. Et la tête haute.
Tu as attendu. Que l’orage passe.
Des larmes ont coulé. Les miennes. L’animal est parti. Il ne restait plus que moi. Qui avais observé la scène. Et l’avais trouvé bien triste.
Moi, l’adulte,qui avait été emportée par une émotion plus forte que ce qu’il reste de ma pauvre raison.
J’étais désolée. Comme des ruines dans un pays en guerre. Mais il n’y avait plus grand chose à faire. Qu’à contempler l’étendue du désastre.
Alors toi, ma princesse, mon amour, ma crevette, dans toute ta sagesse de petite fille, tu as posé tes deux petites mains sur mon visage. Tu m’as demandé de t’écouter. Et tu m’as dit:”et toi?  Pourquoi t’es colère, toi? ”
Alors, j’ai compris. J’ai compris que je ferai d’autres erreurs. Mais que tu serais là. Et que grâce à toi, peut-être, je grandirai.

Lettre à une jeune accouchée (2)

T’es là et tu pleures. Un peu moins. Ton petit a un mois, un peu plus peut-être. Je sais plus très bien, le temps passe pour moi. Tu t’es pris un tgv pleine poire, mais tu t’en es sortie.
T’as pris le rythme de ne pas en avoir (sic). Ton petit est joufflu. Ton médecin t’a même dis que tu lui donnais trop. T’as tenu un mois, il est toujours vivant. Et toi aussi.
T’en reviens pas du bouleversement.
Mais bon. Tu tiens le coup et tu trouves des nouveaux repères. Tiens, l’autre jour tu t’es même douchée avant 17h. C’est dire si t’es à l’aise.
T’es là et tu pleures. Devant la beauté de ce gosse qui s’est endormi, repu. T’en reviens pas qu’il soit à toi. D’ailleurs, c’est bizarre comme sentiment, mais t’en es toujours pas persuadée. Que ce soit le tien à toi. Que personne reviendra le chercher après te l’avoir confié.
C’est con, tu le sais, qu’il est sorti de ton corps. Tu y étais. Quand même. Ça fait drôle.
Tu te demandes si t’es pas un peu cinglée. Par moments, t’es prise d’une espèce de bouffée d’amour, comme une bouffée délirante, et tu pleures d’une émotion qui t’emporte.
À d’autres moments, tu pleures de tes anciens démons. Tu te sens moins que rien, plus bas que terre.
Tu commences à comprendre. À comprendre que ces questions, tu te les poseras toujours. Oh bien sûr, pas les mêmes. Tu passeras de “ais-je assez de lait? ” à “est-ce grave s’il n’a mangé que 4 fruits et légumes aujourd’hui? ” ou “j’ai craqué, je lui ai dit qu’il était complètement débile d’être accroc à Dora, sera-t-il traumatisé toute sa vie?”. Devra-t-il entamer une psychanalyse parce que tu lui as refusé ce maillot de bain spiderman? Tiens, ne devrais-tu pas d’emblée l’emmener en prévention chez Marcel Rufo? Et si un jour, il fume un pet’? Que lui diras-tu toi qui en a fumé, parfois?
Ces questions là, tu te les poseras. Mais la différence, c’est l’habitude. Tu sais, enfin je te le dis, que tu trouveras tes réponses. Peut-être pas les meilleures. Mais des réponses qui vous conviendront, qui évolueront. Qui feront de vous une famille dans ce qu’elle a d’unique. Qui construiront ta famille. (Et du coup, si l’on en croit quelques sociologues, la (ta) société de demain. Alors quand même.)