About taby1302

Maman, sage-femme et amoureuse. Ou inversement. Bref, une fille normale, mais il paraît que c'est dans l'air du temps, alors...

Chialer en écoutant Renaud 

En cloque .  Moi je serai jamais .  En cloque .  

Tous les jours .  Ça va bien parce que je suis du genre à aller bien . Du genre qui rigole et qui sourie. Du genre qui préfère faire le ménage en dansant.  

Mais y des jours. Non, des instants .  Où  la tristesse gagne .  Où  je réalise.  Que sûrement ça n’arrivera plus. De sentir un bébé dans moi. Et puis les tétées. Ça n’arrivera plus de ne pas dormir ou que 2h. Mais c’est pas grave. 

Ça n’arrivera plus l’incroyable joipeur devant les 2 bâtons du tests .  Ça n’arrivera plus les rirlarmes. L’intensité du sentiment de la vie. La sensation de l’indispensabilité. 

C’est pas grave. Parce que je me remplirait d’autre choses. Je me remplit ailleurs.  J’aurai d’autres  intensités .  

Y aura pas d’autre bébé.  

Sûrement pas .  

Ça fait juste drôle de le dire et de l’écrire.

Ça paraît si absurde que j’ai souvent besoin de le dire. Peut être pour m’en persuader. Je suis tellement désolée les copains. C’est comme une rengaine mes mauvaises blagues sur mon ventre vide.  Un mauvais refrain d’une mauvaise chanson. Et vous qui avez la douceur de me sourire pour cacher ce malaise, que ce gimmik fait planer. 

Y aura plus de joipeur ni de rirlarmes . 

C’est un peu comme un deuil sans mort. Je peux pas trop pleurer parce que bon. J’ai perdu personne. 

Je peux pas trop pleurer parce bon. J’ai déjà tellement .  Tellement d’amour autour de moi. 

Je  peux pas trop pleurer. Parce bon. J’ai déjà eu un bébé . 

Alors, juste un instant, comme une bouffée de chagrin, je chiale en écoutant Renaud .  Je rerirai demain .  D’ac? 

Ben, Martin. T’as craqué ?…

Martin, Martin, c’est quoi cette merde que tu nous as foutu, là ? Je pars de Twitter, quoi? un an? Pas plus… je reviens , et c’est un bordel… 

Martin, c’est naze, ça. Tu peux pas faire ça.  Utiliser les armes de ceux que tu détractes depuis si longtemps. La violence, les insultes. Non, Martin.  C’est toi qui nous l’as dit. ON A PAS LE DROIT AUX INSULTES. 

Martin, Martin, c’est fou quand même que ce soit moi, petite sage-femme de province, qui dût te dire ça.  Oui, oui, qui dût.Martin, t’imagines pas ce que tu as été pour moi. C’est toi qui m’a fait réfléchir à ma pratique, il y a quelques années.  Quand je m’endormais un peu. C’est un peu grâce à toi que je fais gaffe tous les jours à la pudeur.  A écouter sans juger. Au respect. C’est un peu grâce à toi que je fais suer mes étudiantes avec tout ça. A prendre du recul, par rapport aux labos. J’ai évolué, concrètement, au quotidien.  J’ai commencé à voir les défauts.  Et à les combattre.  En douceur. 

En douceur, Martin ! Parce que nous, on est les gentils. Faut pas se tromper de cible, Martin.  Nous, les gentils, notre modèle au combat, c’est Gandhi. Ouais, même pas peur.  Gandhi, Martin.  LA NON VIOLENCE.  Te trompe pas,Martin.  

En vrai dans la vraie vie du quotidien de l’hôpital, je vois quoi, moi ? Je vois des soignants qui se battent au jour le jour avec les moyens qu’ils ont pour soigner (mission première, rappelons-le) en restant bienveillants.Pour être à l’écoute et respectueux. Comme tu nous avais dit, Martin. 

Je te jure,Martin, t’imagines pas, toi, là -bas dans ton Canada, comme ça a changé.  La différence entre avant et maintenant.  

Bien sûr, je vais pas te la jouer bisounours, Martin.  Tu me croirais pas et t’aurais raison.  Des cons, y en a. Des maltraitants.  Des Jenairienafoutre.Bien sûr, Martin.  

Mais de là à faire un livre, en disant qu’on est tous des brutes. Martin, un peu de sérieux.  Je suis blessée, Martin.  Ça me fait pareil que quand Bertrand Cantat a tué sa femme à coups de poings. Je savais plus si j’aimais sa musique. J’étais tellement fâchée contre l’homme que je l’étais aussi contre ses chansons.  

La bienveillance, c’est pour tout le monde. Pour les soignants aussi. Parce qu’on peut pas dire à un enfant de pas taper si on lui colle des torgnoles. Parce qu’on peut pas punir les voleurs et planquer sa tune en suisse. Parce c’est pas juste. 

C’est pas juste. 

C’est pas juste.  Et du coup, c’est contre productif. Je sais plus si je dois te faire confiance, Martin.  Entre le titre racoleur et les histoires de chasse dignes du “nouveau détective”. 

Sur Twitter, tu réponds à une Tweeteuse qui s’inquiète de toi (la bienveillance de la meuf, Martin.  LA bienveillance ) je cite ” quand on jette un pavé dans la mare, il faut s’attendre aux éclaboussures “.

Oui, Martin. Très bonne métaphore, le pavé. C’est exactement ça.  Ta colère contre les méchants, s’est compactée en un gros pavé, et tu l’as balancé dans la mare.  Et puis maintenant ? Ton pavé est au fond de l’eau, non sans avoir éborgné au passage ceux d’entre nous qui essaient de nager tranquillement et de se dépêtrer de leur mission du mieux qu’ils peuvent.  

Ton pavé est au fond de l’eau , sans personne pour vouloir aller le chercher et le regarder . Et toi, t’es tout mouillé.  T’as froid. 

Et tu pourras pas compter sur les éborgnés pour venir te réchauffer. Ils sont en colère.  Deg. Deg qu’on leur tape encore sur la tronche.  Deg qu’on voit jamais tous les efforts qu’ils font. Deg. 

Tu nous aurais lancé une jolie barque, Martin. Comme celle du choeur des femmes.  Ça aurait tout changé. 

Non seulement, ton pavé il t’éclabousse toi, mais en plus tous les bouquins que tu as écrit avant. J’te dit, comme les albums de Bertrand Cantat.  

J’te jure, tu me fais chier, Martin. J’ai failli divorcer ce matin à cause de toi. Mon amoureux, il est tellement tourneboulé de se faire traiter de brute qu’il a du mal à comprendre quand je lui dit qu’avant t’étais un mec bien. Passque,  Martin, t’as été important pour moi. Autant que Saint-Exupery. Autant qu’Alexandre Jardin et son Fanfan.  Alors, j’ai voulu un peu te défendre, quoi. Ça fait mal quand on touche à vos modèles à penser. Et puis.  J’ai plus pu. J’ai du m’incliner devant ce que j’ai lu de ton livre. 

Tu me fais chier, Martin. De faire mal à mon homme comme ça.  De me faire mal à moi. De faire mal à nous. Les choupis.  Quand tu généralise comme ça, tu sais que c’est des méthodes de voyous. De populos.  Et puis, tu sais que c’est faux.  

Si tu veux d’autres histoires, je pourrais te faire passer les gentilles lettres de mes patientes.  Les mercis. Ça te changera. Ça doit être dur qu’on te raconte que des trucs moches. Faut p’têt qu’on te raconte les belles aussi, d’histoires…

Tu me fais chier, Martin.  Je t’aimais bien. 

Combles

Je fume, je comble.
Je coud, je comble.
Je cours, je comble.
J’achète , je comble.
Je bouffe,je comble.
Je comble le manque de toi, petit tout. Toi, qui prend ton temps.  Toi, qui hésites. 
Pour t’avoir, j’arrête de fumer. Encore plus de couture, de course. J’espère pas trop de bouffe.
Je comble le manque de toi, petit début. 
D’ac, promis, je fais un trait sur la famille nombreuse que j’avais rêvée.  On sera que nous 4. Papa. Luce. Et moi. Et toi.
Ce sera chouette, tu verras.  Lulu a déjà plein de projets avec toi.  Il faut pas que ça te fasse peur.  Elle sera une super grande soeur. Elle s’entraîne dur et chaque jour.
Allez, quoi fais pas ton timide.  Y a pire comme famille.  Chez nous, c’est chouette.  Y a un chien bizarre et un chatte râleuse.  On se taquine. On se bagarre . Pour rire toujours.  Parfois, c’est vrai, on s’engueule.  Mais ça passe.  Pis on se pardonne.  On se câline. Beaucoup.  On a même le droit de manger devant les dessins animés.  De temps en temps.
On rit.
Allez quoi, viens.
Les combles , c’est pour les vieux trucs. Et c’est à ça que commence à ressembler mon utérus. Des combles poussiéreux.  Avec des toiles d’araignée et trop de jouets abandonnés. Des déguisements dédaignés. 
Allez, viens m’habiter.  Viens faire le ménage dans ces trésors, je suis sûre qu’ils peuvent servir encore.
Viens. On sera bien là, tous les 4. On regardera les poissons et les grenouilles.  Tu rencontreras les copains. Tu verras, y en a plein. A l’apéro, y a toujours des chips et des saucisses.  Tu aimeras peut être le saucisson et le melon? Lulu aime pas trop. Les après-midi, tu verras, des fois on boit des cafés avec les copines. Enfin,toi tu joueras avec tes copines et moi je boirai des cafés. Tu vois,c’est déjà tout organisé.
Allez. Viens. Petit tout.
Je suis fatiguée de combler.

C’est bien fait pour ta gueule.

J’ai confiance en l’espèce humaine. J’ai vu 50000 personnes se lever pour acclamer une soprano . Puis j’ai vu un piano murmurer à l ‘oreille de chacune de ces personnes. Un chef d’orchestre roule des hanches avec Yannick Noah. Des joueurs d’un instrument traditionnel arménien appelé duduk ensorcèlent le public et puis après, avec tout un orchestre symphonique dansent en farandole sur un chant camerounais. Alors j’ai confiance en l’espèce humaine.

C’était pas gagné. Passque l’autre jour.

Le mac do est bondé. On est un peu triste parce que c’est le retour des vacances. Et le mac do est bondé.  Envahi par une horde de vacanciers affamés. Parmi le vacarme, un cri perçant . Suivi d’un rugissement: c’est bien fait pour ta gueule. Comme on attend nos plateaux, on a le temps d’observer la scène.  Un peu comme à la télé.  Le rugissement sort de la bouche d’une jeune dame toute ronde et tout de stretch rose vêtue.  Le cri de la bouche de son tout petit garçon. 
D’autres cris et d’autres rugissement , une empoignade. Et puis le brouhaha ambiant reprend .

Alors, j’avais plus du tout confiance. On est pas des parents parfaits, hein. Loin de là. Hein. Mais je me disais juste que c’était pas gagné pour l’espèce. Si quand un enfant se fait mal, on lui redonne une baffe. Si quand un enfant pleure, on l’engueule.
Je sais, c’est super dur l’éducation bienveillante, et d’être à l’écoute. Partout. Tout le temps. Et puis de quel droit, je juge moi. Dans ma petite routine. Mon petit confort. Cette maman, elle est peut être juste épuisée. Angoissée. En colère. Pour d’autres trucs.
Mais quand même, ça m’a inquiétée. J’ai plus eu confiance pour l’avenir. Si tout le monde est pas persuadé que d’éviter les baffes petits, ça évite la violence plus tard. Peut-être même les guerres, qui sait. La torture et tout le reste. Je me dis si, chez toi, tu es en sécurité, que c’est inimaginable de se prendre une torgnole, que quand t’as un soucis, tu as toujours quelqu’un sur qui compter, et qui va te câliner si tu t’es fait un bobo. Alors je me dis, plus tard quand tu seras grand, tu hésiteras un peu avant de foutre un pain à ton conjoint ou un flingue sur la tempe d’un inconnu.

Mais là, maintenant, j’ai confiance. J’ai ma petite fille endormie dans mes bras, et 50000 personnes clament haut et fort aux arbres citoyens, un monde pour demain. Alors, là , tout de suite , j’ai confiance et la larme à l’oeil.
Ps.: aujourd’hui, je suis sur une plage. A royan. Je suis au violon sur le sable.

Revenir.

Vivre la cruauté.  Dans son énormité.  Ressentir la violence sans les coups. Ètre assommé. 
Revenir. Continuer. Revenir vers l’autre gros ventre qui nous attend. L’épanoui.  Le bienheureux.  Être là comme d’habitude.  Parce qu’elle n’y est pour rien. Les yeux rougis , certes.
Une cigarette.  Un café.  Parler. Se serrer. Se câliner.
Rentrer chez soi. Faire comme d’habitude.  Parce qu’ils n’y sont pour rien. Les yeux rougis, certes. Cuisiner. Mal, certes.
Être pieds nus. Resentir le bois du parquet sur la plante des pieds. Revenir. Prendre le tricot. Parce que ça au moins, j’ai le pouvoir dessus.
Demain, revenir au boulot.
J’aurais juste aimé, arrêter le temps.  Me recroqueviller. Faire le foetus dans mon bain. Prendre mon livre. Ne plus en parler. Ne plus raconter. Ne plus écouter.  Me recroqueviller.
Demain. Revenir au boulot.

Les yeux rougis. Certes.

Attention, attention, humeur avec plein de gros mots dedans

On dit souvent que les garçons pensent avec leur bite.
Plus précisément, les filles disent ça.
Sexisme ordinaire.
Le présupposé de cette assertion est sans doute que, nous, les fâaaames, on pense avec l’organe prévu pour. Notre cerveau.

Et bien c’est faux. Oui. Démonstration? Démonstration.

1) Les filles , ça pense avec l’organe dont elles ont besoin. 
On pense avec notre estomac quand on a faim. On devient notre petit orteil, celui qui sert à rien, quand on s’est cogné dans ce putain de pied de table basse de mes gonades.

Moi, présentement, qui cherche à faire un enfant, je pense avec mes ovaires aux alentours de J14. Puis avec mon utérus. Je lui parle même.  J’ai de grandes conversations avec mon utérus.  Oui oui. Bon,  de grands monologues surtout. Plutôt du genre buté, la bestiole. En toute fin de cycle, je le supplie. Mon cerveau est tout entier localisé dans ma culotte.
Idem quand j’allaitais, mon cerveau était entièrement dans mes nibards.  Une seule pensée m’obsédait. J’ai assez? Est-ce que j’ai assez? Putain de bordel de merde, j’ai PAS ASSEZ! J’ai assez? Oui, je dois avoir assez. Et si j’avais pas assez? C’est sûr, j’ai pas assez. (Sanglots) J’ai pas assez (re-sanglots) .
Vous conviendrez, que l’intelligence de ce genre de discours est quand même gravement limitée.
Si mon cerveau avait joué son rôle d’organe doué de raison, il m’aurait dit : regarde ton bébé, il est tout joufflu.  Tout rose et bien portant. Regarde, il a niqué tous ses beaux bodies avec ses magnifiques cacas jaunes . Regarde, il te pisse joyeusement dessus. Regarde. PUTAIN, MAIS REGARDE BORDEL, T’ES CON OU QUOI?  Oui mon cerveau m’aurait pourrie.  Mais mon cerveau s’est tu. Mes nichons étaient les seuls patrons. Ils commandaient mon humeur. Hystéro-euphorique, si gros et dégoulinants.  Suicidaire, si raplapla. Ou ne ne se vidant pas. Ou douloureux.  Ou….

2) Là où la gonzesse ordinaire sème le trouble, c’est qu’elle est capable d’être entièrement concentrée sur ses mamelons ou son slip,  tout en menant une conversation normale, voire enjouée.  Pas plus tard qu’hier, j’ai bossé.  Oui, bossé. J’ai examiné des patientes. Posé des perfusions, rassuré sur des allaitements, ri avec mes collègues , même posé des diagnostics.  Mouhahaha. Personne ne s’est douté une seconde que j’étais devenue ma culotte en coton.
Nous sommes capables d’être en pilote automatique et même de prendre des décisions adaptées, alors même que nous sommes réduite à un canal galactophore. 

3) parce que toute démonstration comporte 3 points. 

Bref. Les mecs pensent peut-être avec leurs bites. Mais nous pensons avec nos vagins et nos seins. Ne nous leurrons pas, nos miches ne sont pas plus brillantes.

Parfois. Juste de temps en temps, j’aimerais bien que mon cerveau reste à sa place. Dans ma tête. Parce qu’à force de voyager dans tout mon corps, ben, moi, j’ai mal au coeur.