Des crepitudes

À O. Le bogoss qui sert de mari à ma pote.
La décrépitude est la fin la plus atroce qui soit. Pour une maison. Quoi de plus affreux, il est vrai, que ces maisons mal, plus entretenues, qui nous laisse à voir leurs moëllons, briques et autres parpaings.  Une maison décrépie, c’est une bimbo dont les artifices mammaires ont été retirés mais qui, en plus n’a pas eu la chance d’être recousue.  On voit le dedans, les viscères, ce que de toutes nos vies, nous nous acharnons à cacher. La décrépitude, c’est Brigitte Bardot.  Maintenant.  C’est la vérité à nu, dans sa plus cruelle franchise. Une méchante petite personne mesquine, moche.  Ce qu’on ne voyait pas dans ses jeunes années, éblouis par la blondeur, les yeux mutins, le cul arrogant. Laide, aujourd’hui, le cheveu foutraque, et le postérieur ridé, elle nous apparaît dans sa vérité, et sa décrépitude à elle nous, pardon, me dégoûte.  Et m’effraie.
Nous aimerions tous vieillir sagement, bellement, que les nombreuses rides apparues ne soient que le récit de nos vies exemplaires et palpitantes, qu’elles nous embellissent finalement, montrant à nos enfants, que vieillir est une belle aventure. Nous aimerions décrépir joliment. Gardant notre esprit affûté, notre sens de l’humour intact et nos corps encore assez aguerris pour aller visiter le monde que nous n’avons eu le temps que d’apercevoir depuis nos écrans de télé du temps de notre vie dite active.
Et pourquoi non?
Si dans nos entourages , plus ou moins proches, nos vieux ne ressemblent pas tous à Stephane Hessel ou à la mémé de la boom (1 et 2), est-on condamné au même sort? Est-on condamné à devenir égocentrés, pleurnichards, oublieux? Est-on condamné à rétrécir nos vies, nos esprits jusqu’à être assez petits pour rentrer dans l’urne qu’on nous choisira en fin de compte?
Et quand bien même.  Quand bien même, nous serions destinés à devenir de vieux cons, en attendant, ne peux t-on , ne doit t-on pas s’acharner à être de beaux adultes, de sublimes futurs vieillissants? Qui sait, si, par la force de l’habitude, nous ne serions pas, au final et par mégarde, des vieux con-venables?
Nous sommes éternellement insatisfaits. Que la mort nous prenne par derrière, alors que  nous sommes en pleine forme et encore plein de projets et nous la trouvons cruelle.  Nous crions que ce n’était pas notre heure. Qu’elle nous oublie, qu’elle nous laisse nous décrépir, nous pisser dessus en bavant, nous avilenir, qu’elle nous abandonne et ce sont nos enfants qui crient au scandale.
Je me souhaite de décrépir. Je nous le souhaite à tous. Espérant que le crépi parti, mes os, mon coeur et mon cerveau soient jolis. Espérant toujours regarder l’avenir, même s’il ressemble de plus en plus à un tunnel avec une lumière au fond.  Espérant être encore assez drôle, ou au moins être drôlement folle pour faire sourire mes arrières petits enfants.
Comme vous pouvez le constater, j’ai une haute vision de mon futur moi même.  C’est peut être ça que l’on appelle l’ambition.
Comme vous pouvez le constater, je n’aime pas Brigitte Bardot.

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