D’accord avec Boris Vian, j’voudrais pas crever…

Dieux des anesthésistes,  saints des chirurgiens. J’ai mis la lessive au sèche-linge. Préparé le petit déjeuner. Écrit un petit mot à mon amour.
Dieux des anesthésistes,  saints des chirurgiens. J’ai encore 2-3 trucs à faire. Serrer ma fille dans mes bras tous les jours jusqu’à mes 102 ans. Me faire tatouer.
Dieux des anesthésistes,  saints des chirurgiens. Pas envie de crever aujourd’hui. Fais trop beau pour ça. Ou pas assez. Pas envie de crever après avoir fait la queue pour vous tenter.
Dieux des anesthésistes,  saints des chirurgiens. Je veux mourir dans un lit avec mon mari. Je veux me disputer avec lui et me réconcilier. Je veux le faire tourner en bourrique jusqu’à ce qu’il soit complètement croulant et moi baveuse. Et après, encore.
Dieux des anesthésistes, saints des chirurgiens ou inversement. Je sais,  je suis très exigeante. Je sais, je mérite pas toujours,  mais j’essaie. Je sais. Mais… Mais,  aujourd’hui,  quand j’ai marché jusqu’à vous, il y avait une petite brise dans l’air. Un parfum d’après l’orage. Il y avait ma fille endormie que je venais d’embrasser. Il y avait mon homme qui sentait le sommeil.
Dieux des anesthésistes, saints des chirurgiens,  vous vous esclaffez sûrement à lire par dessus mon épaule. Pas de quoi en faire un drame. Une petite inter de rien du tout. Oui, bon, ben quand même,  je voulais vous le dire quoi. Et puis, oui, juste si vous pouviez m’envoyer des visages amis avant de “dormir “, comme vous dites, et me faire rêver des chouettes trucs et tout.
Voilà. Ai fini ma liste de courses. Voilà,  voilà.
Dieux des anesthésistes, saints des chirurgiens. Je vous aime bien. J’espère que c’est réciproque. Ai pris mon xanax. Sens que je vais dire des conneries encore. Dieux des anes… Bisous.

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Chacun sa place. Et une place pour chacun.

Le papa qui vit avec moi m’agace parfois. J’ai l’impression qu’il me pique ma place. Non, mais, je rêve, on a dit égalité, pas tu me chippes tous les petits privilèges qui me sont dus, à moi, la Mère-De-famille. On est là, à se chamailler… Et c’est kiki lui donne à manger,  et c’est kiki lui donne son bain, et c’est kiki la couche. La place du père. Ça, c’est un beau sujet. La place du père en salle d’accouchement. La place du père pendant l’allaitement. En fait,  quand on parle de la place du père,  on parle de notre place à tous, et à chacun. Allez, soyons franches, les filles. Je suis féministe et je le revendique. Mais… Mais, des fois, ben….ben, disons que… Bon, ben, j’aimerais bien qu’il soit un mec d’avant qui regarde les gosses de loin, et sort vaguement sa grosse voix de temps en temps… Comme ça, et ben, moi je serais une meuf d’avant,  qui serait adulée par ses gosses. Oui, c’est un cliché. M’en fous, j’ai le droit, la redac- chef, elle a dit que je faisais tout ce que je voulais d’abord.
Ouais, en fait,  quand on se pose la question de la place du père, on se pose la question de notre place à nous.
Vous avez dit, ambivalence ?
Le partage des tâches, c’est aussi, un peu, parfois le partage de l’amour. Et je sais pas si je suis capable, toujours, de partager. Y a toujours comme un p’tit aiguillon de jalousie qui m’picote le coeur. Enfin, c’est ce que je peux ressentir. En tout cas, c’est laisser le choix à l’enfant de faire des trucs avec papa, avec maman ou l’un et l’autre indifféremment et inversement. C’est pouvoir s’entendre dire: non, pas toi, c’est papa.
Hé, vous m’arrêtez pas là? Vous êtes en train de lire mes jérémiades de vieille petite fille. Celle qui a peur qu’on l’aime trop peu, plus et pas assez.
Non mais n’importe quoi. Je suis sûre que toi, Micheline, tu te dis, non mais elle est malade, elle. J’aimerais bien que Michel, il gère les gosses. P… Ça me ferait des vacances que Mike, il préfère son père. Et toi? Tu adores la regarder, ta pépète qui, bercée par les ronflements de son pôpa, s’est endormie dans ses bras.
Bref, comme d’hab. J’ai tout faux. La place du père, c’est sur, c’est aussi la question de la place de la mère. Et moi perso, en tant que présidente de l’association des éternelles insatisfaites, je veux du temps pour moi, et donc un mec qui gère. Je veux qu’il aime ça pour pas culpabiliser. Et je veux aussi que ma fille aime autant passer du temps avec moi qu’avec lui. Je veux que ce soit normal d’avoir tout ça. Je veux, je veux, je veux. Alors? Vous l’entendez là, la vieille petite fille?
Bref, en bref, la place du père, c’est la place tout court. La place qu’on occupe et celle qu’on voudrait. La place où on est bien, celle qui nous va comme notre vieux jean et celle dont on rêve, comme la jolie robe trop moulante qui va à la bombasse d’à côté. Et trouver sa place, la juste bien, celle qui permet que l’autre ait la sienne et que son enfant la trouve, c’est ça, l’aventure des parents. Je crois.