Les sages-femmes sont en grève.

image

Ah bon? Ah oui. Ça fait même plus de 4 mois qu’elles sont en grève. Et qu’est-ce qu’elles veulent, les sages-femmes? Du fric? On en veut tous, me direz-vous…
Oui, elles veulent du fric, les sages-femmes, mais pas que. Pas en premier. Pas surtout.
Les sages-femmes sont inquiètes. Pour les patientes, les couples, les enfants qu’elles rencontrent.
Elles sont inquiètes, parce que les chiffres français de santé périnatale ne sont pas bons. Là où nous étions 7e, nous ne sommes plus que 20e. Le gouvernement nous dit que ce n’est pas que nous nous soyons détériorés mais plutôt qu’on ne s’est pas améliorés par rapport à nos voisins… Bon. Ce serait quand même bien d’essayer de nous améliorer aussi, non? Parce qu’être 1er en terme de mortinatalité, c’est quand même un triste record…
Alors, nos camarades européens, qu’ont-ils fait pour être meilleurs?
Ils ont tous placé les sages-femmes en professionnels de premier recours pour le suivi gynécologique de routine et le suivi des grossesses normales. Alors, nous, les sages-femmes françaises, on aimerait bien faire pareil. Parce que le suivi normal, physiologique, gynéco et grossesse, on sait faire! On nous forme pendant 5 ans pour ça. En plus, la loi nous demande de le faire. Bref, tous les ingrédients sont là pour que les femmes puissent accéder à ces consultations! C’est vrai, on a des sages-femmes compétentes en terme de physiologie, des gynécologues compétents en terme de pathologie, qui auraient plus de temps à consacrer aux grossesses à risque ou complications gynécologiques si les sages-femmes les soulageaient des consultations “normales”. Peut-être même avoir des rendez-vous dans des délais, disons, raisonnables?
Ça vous paraît logique? A nous, les sages-femmes, ça nous paraît cohérent. Une meilleure répartition des soins pour une meilleure prise en charge des femmes. De toutes les femmes.
Pour organiser ça, nous demandons, pour les hospitalières, un statut adapté à notre profession, qui est médicale, au même titre que les médecins et les chirurgiens-dentistes, d’après le code de la santé publique. Pour les autres sages-femmes, nous demandons à être placées en professionnels de premier recours.
Nous demandons à pouvoir effectuer des recherches dans notre domaine de compétences, pour pouvoir offrir à nos patients l’accompagnement le plus adapté. Et donc à ce que nos enseignants aient un statut adapté.
Voilà, ce que nous demandons.
Mais très peu de médias parlent de nous, 20 000 gonzesses (désolée les gars, z’êtes pas assez nombreux…) qui râlent, ça fait pas la une du 20h. On est gentilles, on casse rien, on bloque pas. Pas notre genre à nous. Du coup, ben, on nous entend/voit pas. Et pour l’instant, on n’a pas l’impression que notre gouvernement s’intéresse beaucoup à nos revendications… C’est dommage, de ne pas s’intéresser de près à la santé des femmes, non? De ne pas se demander comment utiliser au mieux toutes les compétences, non?
Alors, oui, les sages-femmes demandent du fric. Mais pas que. Elles se battent pour que la santé des femmes soit respectée, en organisant au mieux les compétences de tous les professionnels qui les entourent. Notons au passage que la cour des comptes a rendu un rapport montrant que placer les sages-femmes en premier recours diminuerait un poil le trou de la sécu…
Alors? Ça vous dit de nous aider à leur expliquer, au ministère? Le 19 février nous étions de nouveau dans la rue, à bon entendeur…
Pour aller plus loin et/ou nous soutenir, vous pouvez aller voir ce site: http://www.avant-on-etait-sages.com
image

La mort du plaisir.

Dans mon job, je rencontre des femmes qui ont mal, qui pleurent, qui enragent, qui rient, qui hurlent. Des femmes qui vivent.
Et puis, je rencontre aussi des femmes, cliniquement vivantes, mais dénuées d’émotions.
Ces femmes, je les rencontre quand elles me racontent leur viol.
Elles sont toutes différentes. Elles sont jeunes, âgées, belle ou moins, maigres,  rondes. Elles se sont fait violer, sodomiser, attoucher, agresser, torturer. Par un inconnu, une connaissance, un proche. Une fois, 2 ou 3, depuis 2 ans. Et pourtant, c’est, à chaque fois, la même personne que je vois.
Elle est silencieuse, d’abord. Timidement respectueuse. Peut-être impressionnée. Elle paraît se demander ce qu’elle fait là. Elle attend poliment qu’on l’invite à s’asseoir. Elle s’assoit. Les pieds bien à plat, les fesses à peine posées, prête à repartir. Le dos bien droit. Les mains croisées devant elle. Elle attend. Elle écoute attentivement les questions. Elle répond. Cliniquement. Elle cherche parfois ses mots. Non pas qu’elle soit émue. Elle essaie de trouver le mot le plus juste. Elle décrit. Le plus succinctement possible. Le plus sobrement possible.
Quand on l’invite à se déshabiller et à s’installer sur la table d’examen. Elle s’exécute. Elle plie ses vêtements, les pose sur la chaise. Elle s’installe. L’examen du corps a lieu. L’esprit, lui, n’y habite plus.
Puis, l’examen terminé, elle se rhabille. Calmement. Elle écoute les messages de prévention. Les entend-elle?
Elle dit au revoir, merci.
Elle part.
Et nous, le gynécologue et la sage-femme, on est soulagés. Ça, c’est bien passé. Elle n’a pas pleuré, crié. Elle ne s’est pas débattue.
On était un peu gênés, parce qu’elle est difficile à croire. On avait l’impression qu’elle nous racontait ses courses. On aurait cru qu’au vu des faits décrits, elle serait plus traumatisée que ça.
Voilà ce que fait un violeur. Il détruit l’émotion. L’agréable et la douloureuse. Le corps est là, réparable, ou même pas abîmé. L’esprit est à côté.
Ils ne fonctionneront désormais plus ensemble. Trop dangereux. Quand ce sera loin, quand l’esprit n’y pensera plus, il pourra s’amuser à croire que tout est redevenu normal. Le bonheur, l’amour seront là.
Et pourtant, elle ne pourra s’empêcher de s’envelopper d’une épaisse couche de protection. Elle se défendra de ressentir. Surtout pas le plaisir. Une enveloppe morte n’est pas douloureuse. Et ce sera un réel travail, sans succès certain, un effort, une concentration que d’autoriser ce corps à jouir.
Voilà ce que fait le violeur. Il détruit l’émotion du corps. La douloureuse et l’agréable. L’agréable, surtout.