Mon job.

Mon boulot à moi, c’est sage-femme. Je suis une ouvrière de l’obstétrique. Une guette-au-trou. Une hospitalière, fonctionnaire. Tout ce qu’il y a de plus basique.
Rien ne me destinait à cela. Si j’avais gentiment suivi la voie qui m’était tracée, je serais actuellement directrice marketing d’une multinationale. Un requin parmi les autres.
Et puis, un jour, une meuf, amie, a renversé son café sur le tailleur d’une autre meuf. Juste avant son oral. Et s’en est félicité. Une concurrente de moins.
Quelques jours plus tard, ma décision est prise. Je ne veux pas être là. Je ne veux pas faire une grande école de commerce. D’ac. Je veux… Heu… Qu’est-ce que je veux? Je veux être utile.
Bonjour madame la conseillère d’orientation, je veux être utile. Alors? Des idées? Non? Bon.
Allez, j’aime bien la philo. J’vais faire ça. Prof de philo. C’est bien ça.
Bon, en fait, c’est un hobby. Pas un job. Avec des vrais gens.
Ergotherapeute. Ça c’est cool. Tu facilites la vie des personnes. C’est concret. Tiens, je vais passer le concours. Tiens, on peut passer sage-femme avec. Tiens ben, j’vais le passer aussi, pour m’entraîner. Tiens, j’ai sage-femme, j’ai pas ergo. Tiens.
Heu, ça fait quoi une sage-truc?
Elle a bien rigolé, ma meilleure pote, quand je lui ai dit que j’étais inscrite à l’école de sf. Pis après elle a eu peur. Pour toutes les patientes qui auraient affaire à moi. Je me suis donné un mois. Dans ce mois là, j’ai fait des découvertes. Nos seins sont fait pour fabriquer du lait. Oh dégueu. Nos vagins sont très extensibles. Oh redégueu. Je ne m’évanouis pas à la vue du sang. Oh. Y a un bébé là-dedans. Oh. Ooooooh. Ils étaient deux en arrivant. Ils sont trois maintenant.
Voilà. Ça fait 8 ans. 8 ans que je suis une sage-femme. Une ouvrière de l’obstétrique tout ce qu’il y a de plus basique.
12 ans que je vois des gros ventres. Des 2 qui deviennent 3.
Et j’adore ça.
Y a des moments plus rigolos que d’autres. Y a des moments de ras-le-bol. Où je veux du temps, de la reconnaissance, un meilleur salaire. Et puis une femme arrive, avec son homme. Avec son stress, ses peurs, ses questions, son histoire. Alors j’oublie. Je souris. Je discute. On parle péri, massage, baignoire. Elle me dit qu’elle va essayer sans péri. Je lui dis qu’elle va réussir. Elle me dit qu’elle va essayer d’allaiter. Je lui dis qu’elle va allaiter. Je lui dis que c’est une guerrière. On rigole. On souffle. Je console. J’encourage.
Je suis là. Spectatrice d’un des plus beaux moments du monde.
C’est ça, mon job.

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