Petit guide pratique à l’usage des mères dont l’enfant-ne-dort- pas-la-nuit. Jamais.

Bon. Les mères ou les pères, hein.
Votre conjoint dort. Il en faut bien un. Votre enfant, lui, non. Donc vous-même, non plus.
Vous ne vous résolvez pas à laisser votre petit hurler seul. C’est fort louable. Hélas, sa conversation est limitée. Une fois le sein ou le biberon dans la bouche selon le mode d’alimentation choisi, le niveau sonore revenu à la normale en ce milieu de nuit, ie néant, vous vous extasiez sur la beauté incroyable de ce jeune enfant redevenu calme. 10 secondes. Mettons 30, ça fait plus sérieux. Allez, une minute pour les meilleur(e)s d’entre nous. Puis vous commencez à vous emmerder ennuyer ferme. Nous pourrions regretter ce monde ultra connecté où les gens, ha les gens, ne savent plus profiter de ces moments vides propices à l’introspection ou la méditation. Nous pourrions mais nous ne le ferons pas. D’autant que l’introspection à 2h du mat en post-partum plus ou moins immédiat nous pousserait inévitablement à une dépression sévère voire à des extrémités plus dramatiques encore.
Bref, vous vous ennuyez. D’autant que, vous le savez, le rendormissement du dit chérubin est tout à fait aléatoire et qu’il est probable que la situation dure une bonne partie de la nuit.
Quelques modestes conseils donc, pour passer le temps.
Méfiez-vous de votre téléviseur. C’est un ami fourbe. Si quelques épisodes de Julie L. ou de sa collègue la femme dite d’honneur vous distrairont agréablement une nuit (rien de tel qu’un tueur/violeur en série du fin fond de la Creuse pour s’aérer les neurones), la répétition des mêmes épisodes jusqu’à 4 nuits d’affilée est lassante, voire vexante. Certes, la perte de matière grise lors de votre accouchement est avérée, de là à ce que votre propre TV vous prenne pour une nouille et croit que vous ne remarquerez pas la supercherie, il y a un monde! Je passerais sur très chasse ou très pêche ou très bourrés. Trop déprimant.
Vous pouvez tenter de vous rabattre sur vos réseaux sociaux favoris, à condition d’avoir des amis à Tahiti. Oui, parce qu’à 2h la France dort. Elle en a de la chance, la France.
Sinon, Répondre aux nombreux sms reçus pour vous féliciter de l’heureux événement est une option. Non content du sentiment gratifiant du devoir accompli, vous pourrez en prime avoir la satisfaction d’avoir réveillé 1 ou 2 plus ou moins proches, qui réfléchiront à 2 fois avant de vous envoyer un nouveau message mièvre quoique courtois en l’honneur de cette naissance tant attendue. Bande de fous furieux. Malheureusement, cette option n’a qu’un temps.
En conclusion, pas de miracle donc. A moins d’avoir dans vos amis proches un insomniaque drôle à qui téléphoner. Pas de miracle donc.
Si nous avions omis des options, n’hésitez pas à nous en faire part.

A Aurelie D.

Cacas explosifs, vomis intempestifs. Crises de larmes. Hurlements, cris stridents. Découverte du sentiment de culpabilité. Le vrai. Perte de liberté. Impression d’étouffer. La liste est longue et non exhaustive. Voilà. Je m’arrête là, je publie mon billet et l’humanité s’éteint.
Non. Non?
Tous les crimes délits de nos enfants sont connus. Les jeunes parents, moi ne parlons que de ça. De la fatigue l’épuisement. De… Et pourtant. Je vais recommencer un jour. Espèce de follasse, t’as pas assez d’emmerdes? Me direz-vous avec raison.
Non. Non?
Je vais recommencer. Parce que, parce que… C’est juste la plus belle aventure, l’expérience la plus…. Roooo, pis en fait, y a pas de mots assez forts, pas d’hyperbole assez grandiloquente. Alors, je vais vous dire les détails.
Quand elle me dit que je suis sssiante, ça me fait rire.
Quand elle me regarde me maquiller et qu’elle tente de faire pareil.
Quand elle s’endort la bouche ouverte dans la voiture.
Quand elle me dit qu’elle m’aime. Très très fort.
Quand elle tétait. Quand elle veut réessayer de téter.
Quand elle pose sa tête sur mon épaule.
Quand… Tous les jours, tout le temps.
Alors, je vais recommencer.
Planter une graine. Voir le petit brin de plante pousser. La voir chercher la lumière. S’épanouir grâce à nos bons soins. Cette métaphore jardinicole va faire marrer ceux qui me connaisse un poil. Mais tu vois la satisfaction qu’il y a à observer ce phénomène qu’est la vie? La vie qui grandit? Tu multiplies cette satisfaction par 12000 puissance 15 au carré. Et tu as un échantillon de la gratification éprouvée à être un parent.
Mon petit Lu. Elle me force à être meilleure. Elle me pousse vers le haut.
Alors oui, ça fait peur. C’est complètement con et fou. C’est aussi con et fou que de sauter dans le vide en faisant confiance à un bout de tissu. Pourtant ceux qui sautent disent que c’est une expérience incroyable et belle, qu’il n’y a pas de mot, pas d’hyperbole.
Voilà, l’humain est con et fou. C’est pour ça qu’il fait des enfants.
Voilà, l’humain est beau. C’est pour ça qu’il fait des enfants.

Fais-moi une place

Pas sûre que Julien quand il chantait ça pensait à sa fille.  Moi non plus quand je l’entendais. Je la trouvais même plutôt cucul cette chanson.  Et puis, l’autre soir à la radio, je me suis dit, c’est ça. C’est exactement ça que je voudrais dire à ma petite fille. Fais-moi une place.
“Fais-moi une place au fond d’ton coeur, pour que j’t’embrasse lorsque tu pleures. Je deviendrais tout fou, tout clown, gentil pour qu’tu souries”
Une petite place, même si je suis pas parfaite. Même si parfois tu préfères ton papa.
Ça fait si mal. D’être transparente à tes yeux. De ne pas pouvoir te lever le matin. Te coucher. T’attacher dans la voiture.
Ton papa, il est juste super (cf ici) Chuis d’ac avec toi, je l’ai choisi, il y a quelques années de cela. Je l’ai même épousé. Bon. Mais ta maman, moi, chuis pas si pire, non? Chuis si pire? Tellement pire que pire, que je puisse pas te donner un bout de pain, sans hurlements et crise de larmes?
Y en a qui vont vouloir me causer d’oedipe. Que c’est partout pareil. Aaaah, les p’tites filles et leur papa. Ouais. Bon. Une fois qu’on a dit ça, qu’est-ce qu’on fait? C’est bien beau mais ça soulage pas. On a une explication. Soit. Mettons de côté le fait que j’en sois pas hyper convaincue. Ça résout rien.
“Fais-moi une place dans ton av’nir, pour que je ressasse moins mes souvenirs. Je serais jamais éteint, hautain, lointain, pour qu’tu sois bien”
Je te promets ma princesse, je bosse. J’essaye d’être une maman à la hauteur de la petite fille que la vie m’a donné. Des fois, j’y arrive. Quand tu déclares de ton ton péremptoire, non, c’est maman qui lit. Je m’dis. Ça y est. J’existe.
Des fois, j’y arrive pas. On peut passer une journée entière à se battre pour que j’ai le droit, juste de t’asseoir sur les chiottes. Et je me sens la dernière des mères.
“J’veux qu’t’aies jamais mal, qu’t’aies jamais froid et tout m’est égal, tout à part toi. Je t’aime”
T’imagines pas, mon p’tit Lu. A quel point, ma crevette. A quel point, j’aurais aimé te l’écrire cette putain de chanson, qui veut pas sortir de ma caboche.
Alors, mon coeur, puisqu’une autre la écrite avant moi, je vais te la chanter. Tant pis si c’est faux. Tant pis si c’est con. Tant pis pour la météo.
Au moins, je te dirais mes sentiments.
“Une petite place ici, maintenant, car le temps passe à pas de géant. Je me ferai tout neuf, tout beau, tout ça… Pour être à toi”