Montrer ses miches. Ou pas.

Moi, je les ai montrées. Pas à la plage. Je fais pas non plus partie des femens.
J’ai juste donné le sein à mon bébé. Je ne pensais pas à mal. J’vous jure.
Je l’avoue. J’ai montré mes seins. Mes nibards. Mes miches. Le mot important, c’est “mes”. Ils m’appartiennent.  À moi.  Et un peu à mon bébé.
J’en fais ce que j’en veux.
Ça paraît anodin comme constat. En le lisant,  vous vous dites: oui, bon ben d’accord.  Il est où le souci? Pourquoi qu’elle s’énerve? C’est SES miches. On est tous ok. L’a pas fait caca aujourd’hui?
Figurez-vous que, non, c’est pas anodin. C’est pas évident.
Allaiter son bébé.  Quoi de plus naturel? Oui. Un petit bébé alors. Dans une chambre. A l’écart.  De toute façon, c’est bien connu,  les mères au départ, elles sont teeeeellement en symbiose avec leur bébé. Plus rien ne compte autour d’elles. Elles préfèrent s’isoler.  C’est sûr.
Z’êtes sûrs?
Moi, j’ai choisi l’allaitement. Oui, on vit une époque où l’allaitement est un choix. Pas seulement une question de survie.
Mais parce que j’en veux toujours plus,  j’ai aussi choisi d’avoir une vie sociale.  Et donc d’allaiter à l’apéro.  En faisant mes courses. Aux repas de familles. Avec mes potes. Au boulot.
Conséquence: j’ai choisi de montrer mes seins à tout le monde. À des inconnus. À mes copines. À mes collègues. Aux copains de mon amoureux. À mon beau-père.
Enfin, j’ai choisi.  En fait,  à l’époque,  j’ai pas trop réfléchi. Ça me semblait si “normal”. Et puis, mon bébé a grandi. C’est devenu un grand bébé.  Puis un petit enfant. Quand les enfants grandissent,  ils s’éveillent. Quand les enfants s’éveillent, ils ne sont plus très concentrés sur le sein de leur mère. Et ils le lâchent. Et on le voit, le sein de leur mère.
J’ai eu alors l’impression de faire un acte militant. Ce qui te façonne,  c’est le regard des autres. Et dans le regard des autres,  je me suis peu à peu transformée en ayatollah de l’allaitement.  En terroriste de la miche. Bien sûr,  pas tous les autres. Il y a eu aussi des regards bienveillants.  Des regards indifférents. Des non-regards. Mais bizarrement,  ce qui te marque, ce sont les regards outrés.  Choqués. Dégoûtés. Le regard de la vieille bourgeoise scandalisée. Tout à l’heure,  elle t’avait déjà trouvée limite quand elle t’avait croisée,  ton petit d’un an porté dans le dos, en pagne. Comme les… oui, comme une noire, je t’assure, Jacqueline,  de mes yeux vus. Le regard de l’infirmière de pédia du grand CHU, dans lequel tu lis, et voilà,  putain, encore une hippie/bobo/chieuse, qui va me saouler à 2h du mat. Chuis sûre qu’elle fume des pet’ celle-là. Le regard d’une amie, qui n’ose pas te dire que sa pudeur à elle est mise à mal.
Je pensais pas à mal. J’vous jure.
J’ai montré mes seins.  Si j’avais été pudique,  je me serais cachée. Je le suis pas, pudique. Mais je comprends qu’on le soit.
J’ai montré mes nibards. Naturellement.  Pas pour vous choquer. Pas pour militer. Juste pour donner à manger à mon bébé.
J’ai montré mes miches. Et je refuse d’en avoir honte. Pas quand il semble normal à tout le monde de montrer des meufs à poil pour vendre des bagnoles.
J’ai allaité mon bébé.

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