Lettre à une jeune accouchée (2)

T’es là et tu pleures. Un peu moins. Ton petit a un mois, un peu plus peut-être. Je sais plus très bien, le temps passe pour moi. Tu t’es pris un tgv pleine poire, mais tu t’en es sortie.
T’as pris le rythme de ne pas en avoir (sic). Ton petit est joufflu. Ton médecin t’a même dis que tu lui donnais trop. T’as tenu un mois, il est toujours vivant. Et toi aussi.
T’en reviens pas du bouleversement.
Mais bon. Tu tiens le coup et tu trouves des nouveaux repères. Tiens, l’autre jour tu t’es même douchée avant 17h. C’est dire si t’es à l’aise.
T’es là et tu pleures. Devant la beauté de ce gosse qui s’est endormi, repu. T’en reviens pas qu’il soit à toi. D’ailleurs, c’est bizarre comme sentiment, mais t’en es toujours pas persuadée. Que ce soit le tien à toi. Que personne reviendra le chercher après te l’avoir confié.
C’est con, tu le sais, qu’il est sorti de ton corps. Tu y étais. Quand même. Ça fait drôle.
Tu te demandes si t’es pas un peu cinglée. Par moments, t’es prise d’une espèce de bouffée d’amour, comme une bouffée délirante, et tu pleures d’une émotion qui t’emporte.
À d’autres moments, tu pleures de tes anciens démons. Tu te sens moins que rien, plus bas que terre.
Tu commences à comprendre. À comprendre que ces questions, tu te les poseras toujours. Oh bien sûr, pas les mêmes. Tu passeras de “ais-je assez de lait? ” à “est-ce grave s’il n’a mangé que 4 fruits et légumes aujourd’hui? ” ou “j’ai craqué, je lui ai dit qu’il était complètement débile d’être accroc à Dora, sera-t-il traumatisé toute sa vie?”. Devra-t-il entamer une psychanalyse parce que tu lui as refusé ce maillot de bain spiderman? Tiens, ne devrais-tu pas d’emblée l’emmener en prévention chez Marcel Rufo? Et si un jour, il fume un pet’? Que lui diras-tu toi qui en a fumé, parfois?
Ces questions là, tu te les poseras. Mais la différence, c’est l’habitude. Tu sais, enfin je te le dis, que tu trouveras tes réponses. Peut-être pas les meilleures. Mais des réponses qui vous conviendront, qui évolueront. Qui feront de vous une famille dans ce qu’elle a d’unique. Qui construiront ta famille. (Et du coup, si l’on en croit quelques sociologues, la (ta) société de demain. Alors quand même.)

Advertisements

One thought on “Lettre à une jeune accouchée (2)

  1. La jeune accouchée c’est moi, il a un peu plus de 3 semaines mon fils et ton billet vient de me faire pleurer. C’est tout à fait ça. Ton texte m’a fait du bien, merci pour ta publication. Sur ce je m’en vais prendre ma douche !

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s