Mon nombril et moi

Je suis bordélique,  joyeuse et coupable. Enfin,  j’ai un sens aigu de la culpabilité. J’aime dormir, ne me couche jamais avant 1h. J’ai du mal à trouver les limites avec mes patientes. J’ai de beaux yeux,  les seins qui tombent et des poteaux à la place des mollets.  Mais dans l’ensemble une vision plutôt positive de mon physique. Je suis tactile avec mes patientes mais peu avec mes proches. Je suis capricieuse. Je suis velléitaire. J’aime être seule. Mais suis sociable. J’adore lire. J’aime écrire.  Et être lue. Même si ça fout les jetons. Je pleure souvent mais rarement pour des raisons vraiment valables. Je ronchonne. Surtout dans ma tête. Je ris fort. Je hais le conflit mais ne peux rester sans dire les choses. Je parle très facilement de moi. J’aime le sport et mon lit. Et fumer. Je rêve d’avoir des journées deux fois plus longues pour pouvoir m’ennuyer.
Je regrette beaucoup de choses dans mes relations à ma famille mais pense qu’au fond,  ça n’a pas d’importance. Je déteste la frustration. Je n’aime pas les règles. Mais les suis. La plupart du temps. J’ai besoin de liberté et ne pourrais vivre sans ma routine. J’ai peur. Je suis ambivalente et égoïste. Généreuse parfois. Je ne compte pas le temps pour mes amis. Et en éprouve une grande satisfaction. Je déteste les conseils. J’en donne souvent.
Je me plaît à me croire intelligente et suis naïve. Et ravie de l’être.
Je suis maman. Je suis amoureuse. Je suis sage-femme.
J’aime la musique et écoute france inter à longueur de journée. J’aime la philosophie et peut regarder M6 l’après-midi avec délectation. J’aime manger. Surtout gras et sucré. Je suis drôle. Parfois à mes dépens. J’aime pratiquer ce que certains nommeront le mauvais goût, que moi (et certaines de mes bonnes copines) appelons humour noir. J’aime cette reconnaissance par le rire. Je suis convaincue par l’écologie. Les animaux m’agacent. J’ai un chat hystérique et un chien cinglé. Je suis naturelle et maquillée comme une voiture volée. J’aime les talons hauts et les converses. Je n’aime pas la viande et adore le tartare. Je ne crois pas en la psychanalyse,  ce qui fait rigoler mon père dans son paradis quand il voit la tête de mon mari. Je suis ordinaire. Je suis unique.
Tout ceci est la plupart du temps vrai. Et inversement. Mais tout cela n’engage que moi… et mon nombril.

Les nouveaux papas

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Les nouveaux papas. Je sais pas trop si on peut vraiment les appeler comme ça. Comme tous les termes génériques, ça sonne un peu faux. On dirait qu’on en parle comme de la nouvelle cuisine. Une espèce de catégorie fourre-tout dont on ne sait pas vraiment ce qu’elle recouvre.
Alors,  je vais plutôt vous raconter le nouveau papa qui vit avec moi.
Le nouveau papa est un bipède. Qui devient très aisément quadrupède.
Le nouveau papa n’est pas paternaliste. Il est paternel comme on dit d’une mère qu’elle est maternelle. Il est d’ailleurs parfois souvent plus maternel que la maman. Je me demande s’il ne venge pas tous les papas qu’on n’a pas, qui ne se sont pas autorisés à la materpaternalité. C’est assez casse-pied tous ces mots sexués.
Le nouveau papa fait du peau à peau avec son nouveau-né. Toute la nuit pour que je puisse me reposer. S’il pouvait, il donnerait la tétée. C’est assez casse-pied tous ces corps sexués.
Le nouveau papa fait la cuisine et les courses. Le ménage aussi. Et du coup râle s’étonne que la nouvelle maman que je suis, soit capable de foutre mettre un tel bordel chantier en si peu de temps.
Le nouveau papa s’agace d’entendre à longueur de 8 mars la description des inégalités hommes/femmes au sein du foyer. Forcément, lui, c’est l’opposé.
Le nouveau papa câline, console, joue et s’ébroue, pratiquement sans se lasser.
Le nouveau papa est fan de son bébé. Il adore l’habiller et la déguiser, en princesse qu’elle est.
Le nouveau papa est si tendre que, parfois, il ressemble à un chamallow. Dont il doit avoir le goût, vu tous les bisous que le nouveau bébé lui fait.
Ouhla attention je vire bisounours… Qu’on ne s’y trompe pas, le nouveau papa a des défauts. Il n’est par exemple pas pourvu d’un odorat très sûr… Comment expliquer, sinon, ce manque de goût pour les délicieux cacas d’allaitement de nouveau bébé? Comment? Y a que moi qui trouve que cette merveilleuse texture jaune sent la canelle? Mouais.
Le nouveau papa n’aime pas l’écharpe. Ça tient trop chaud. Pis, la rolls des poussettes qui reste au garage, telle une porsche avec laquelle il n’aurait pas le droit de jouer, ça, c’est dur à vivre quand même. Alors que, bon, il a suivi les cours par correspondance de polytechnique en accéléré pour ne pas se planter dans le choix.
Le nouveau papa est ambivalent. Il voudrait faire des grasses matinées et profiter de nouveau bébé toute la journée. Il adore être son super héros mais étouffe parfois devant tant d’exclusivité.
Le nouveau papa, c’est mon amoureux. C’est une maman comme les autres, qui en plus me fait rire et sait oublier qu’il est un papa parfois.
Voilà, c’est un billet peut-être un peu cucul. Désolée. Mais c’est une déclaration d’amour, alors bon, forcément…

Les copines

Les copines, ce sont des êtres étranges. En général du sexe féminin,  sinon on les appellerait des copains. 
Les copines, ce sont des êtres humains. Au propre et au figuré. Avec elles, tu parles de tout et de rien. Au propre et au figuré. Au détour d’une conversation météorologique, tu lui parles de la mort de ton père. Tu sais même pas comment vous en êtes venues là. Tu te tais soudain, savourant ce café. Et ce silence.
Les copines, ce sont des trésors. Au propre et… heu non, seulement au figuré.
Il y a les copines de boulot, les copines de promo. La copine de toujours. Il y a même des copines d’un jour.
Les copines, ça entend tout. Ça écoute tout. Les vices et les fiertés. Les recettes et…
Il y a des copines que tu vois presque tous les jours. Il y a des copines que tu n’appelle presque jamais. Parce que tu sais que vous allez beaucoup parler. Et que tu veux le savourer.
Les copines, ça sert à tout. De mouchoir et d’édredon. De refuge et de chaussures à crampons.
Sans elles, tu serais perdue. Avec elles, tu peux tout dire.
Il y a les copines du sport et les copines du net. Il y a des copines très classes et des copines inclassables. Il y a même des copines inclassables très classes qui font du sport. Il y a des copines qui te poussent et des copines qui te retiennent. Il y a des copines qui pouffent et des copines qui éclatent.
Les copines, elles t’ont écoutée et consolée. Mais c’est quand tu as pu tout ou alors un peu leur redonner que tu t’es vraiment sentie gratifiée. Tu es devenue meilleure grâce à elles. Pas que mais beaucoup. Tu es devenue une bonne copine (parfois).
Et vous, elles sont comment, vos copines?

Quand j’ai crié

Quand j’ai crié, ma princesse, je ne sais pas ce qui m’a pris. Quand j’ai crié, mon amour, on aurait dit que ce n’était pas moi. Mais c’était moi. Quand j’ai crié, ma crevette, je…
J’ai crié. Pour une vague histoire de courgettes.
J’ai hurlé.
Je me voyais faire. Je n’arrivais plus à m’arrêter. On aurait dit que ce n’était pas moi . Mais c’était moi.
On aurait dit que j’étais deux. Un animal. Et moi.
Drôle de sentiment qu’est la colère.
J’aurais tant aimé que ce ne soit pas moi. Mais c’était moi.
Et toi, ma princesse. Tu me regardais comme l’animal que j’étais devenue. Interloquée. Non, c’est trop fort. Étonnée plutôt. Tu avais l’air de te demander comment j’étais capable de sortir de tels sons.
Et toi, mon amour. Tu me souriais. Et ton sourire me rendait plus folle encore. Tu me trouvais sans doute drôle à gesticuler ainsi.
Et toi, ma crevette. Tu restais calme. Avec toute ta détermination à ne pas manger. Ces foutues courgettes. Sûre de toi. Et la tête haute.
Tu as attendu. Que l’orage passe.
Des larmes ont coulé. Les miennes. L’animal est parti. Il ne restait plus que moi. Qui avais observé la scène. Et l’avais trouvé bien triste.
Moi, l’adulte,qui avait été emportée par une émotion plus forte que ce qu’il reste de ma pauvre raison.
J’étais désolée. Comme des ruines dans un pays en guerre. Mais il n’y avait plus grand chose à faire. Qu’à contempler l’étendue du désastre.
Alors toi, ma princesse, mon amour, ma crevette, dans toute ta sagesse de petite fille, tu as posé tes deux petites mains sur mon visage. Tu m’as demandé de t’écouter. Et tu m’as dit:”et toi?  Pourquoi t’es colère, toi? ”
Alors, j’ai compris. J’ai compris que je ferai d’autres erreurs. Mais que tu serais là. Et que grâce à toi, peut-être, je grandirai.

Lettre à une jeune accouchée (2)

T’es là et tu pleures. Un peu moins. Ton petit a un mois, un peu plus peut-être. Je sais plus très bien, le temps passe pour moi. Tu t’es pris un tgv pleine poire, mais tu t’en es sortie.
T’as pris le rythme de ne pas en avoir (sic). Ton petit est joufflu. Ton médecin t’a même dis que tu lui donnais trop. T’as tenu un mois, il est toujours vivant. Et toi aussi.
T’en reviens pas du bouleversement.
Mais bon. Tu tiens le coup et tu trouves des nouveaux repères. Tiens, l’autre jour tu t’es même douchée avant 17h. C’est dire si t’es à l’aise.
T’es là et tu pleures. Devant la beauté de ce gosse qui s’est endormi, repu. T’en reviens pas qu’il soit à toi. D’ailleurs, c’est bizarre comme sentiment, mais t’en es toujours pas persuadée. Que ce soit le tien à toi. Que personne reviendra le chercher après te l’avoir confié.
C’est con, tu le sais, qu’il est sorti de ton corps. Tu y étais. Quand même. Ça fait drôle.
Tu te demandes si t’es pas un peu cinglée. Par moments, t’es prise d’une espèce de bouffée d’amour, comme une bouffée délirante, et tu pleures d’une émotion qui t’emporte.
À d’autres moments, tu pleures de tes anciens démons. Tu te sens moins que rien, plus bas que terre.
Tu commences à comprendre. À comprendre que ces questions, tu te les poseras toujours. Oh bien sûr, pas les mêmes. Tu passeras de “ais-je assez de lait? ” à “est-ce grave s’il n’a mangé que 4 fruits et légumes aujourd’hui? ” ou “j’ai craqué, je lui ai dit qu’il était complètement débile d’être accroc à Dora, sera-t-il traumatisé toute sa vie?”. Devra-t-il entamer une psychanalyse parce que tu lui as refusé ce maillot de bain spiderman? Tiens, ne devrais-tu pas d’emblée l’emmener en prévention chez Marcel Rufo? Et si un jour, il fume un pet’? Que lui diras-tu toi qui en a fumé, parfois?
Ces questions là, tu te les poseras. Mais la différence, c’est l’habitude. Tu sais, enfin je te le dis, que tu trouveras tes réponses. Peut-être pas les meilleures. Mais des réponses qui vous conviendront, qui évolueront. Qui feront de vous une famille dans ce qu’elle a d’unique. Qui construiront ta famille. (Et du coup, si l’on en croit quelques sociologues, la (ta) société de demain. Alors quand même.)