Une touche de beau.

Je ne sais pas être triste. c’est pas que je ne le suis pas. Je ne sais pas l’être .
Un jour. Une pause dans ton monde. Pendant 5 min tu ouvres les yeux . Un arc en ciel gigantesque.  Sur la zone indus. Une lumière orange.  Folle.  Et c’était peut être juste pour ça que tu es là.  Pour voir ça. 

C’est bien fait pour ta gueule.

J’ai confiance en l’espèce humaine. J’ai vu 50000 personnes se lever pour acclamer une soprano . Puis j’ai vu un piano murmurer à l ‘oreille de chacune de ces personnes. Un chef d’orchestre roule des hanches avec Yannick Noah. Des joueurs d’un instrument traditionnel arménien appelé duduk ensorcèlent le public et puis après, avec tout un orchestre symphonique dansent en farandole sur un chant camerounais. Alors j’ai confiance en l’espèce humaine.

C’était pas gagné. Passque l’autre jour.

Le mac do est bondé. On est un peu triste parce que c’est le retour des vacances. Et le mac do est bondé.  Envahi par une horde de vacanciers affamés. Parmi le vacarme, un cri perçant . Suivi d’un rugissement: c’est bien fait pour ta gueule. Comme on attend nos plateaux, on a le temps d’observer la scène.  Un peu comme à la télé.  Le rugissement sort de la bouche d’une jeune dame toute ronde et tout de stretch rose vêtue.  Le cri de la bouche de son tout petit garçon. 
D’autres cris et d’autres rugissement , une empoignade. Et puis le brouhaha ambiant reprend .

Alors, j’avais plus du tout confiance. On est pas des parents parfaits, hein. Loin de là. Hein. Mais je me disais juste que c’était pas gagné pour l’espèce. Si quand un enfant se fait mal, on lui redonne une baffe. Si quand un enfant pleure, on l’engueule.
Je sais, c’est super dur l’éducation bienveillante, et d’être à l’écoute. Partout. Tout le temps. Et puis de quel droit, je juge moi. Dans ma petite routine. Mon petit confort. Cette maman, elle est peut être juste épuisée. Angoissée. En colère. Pour d’autres trucs.
Mais quand même, ça m’a inquiétée. J’ai plus eu confiance pour l’avenir. Si tout le monde est pas persuadé que d’éviter les baffes petits, ça évite la violence plus tard. Peut-être même les guerres, qui sait. La torture et tout le reste. Je me dis si, chez toi, tu es en sécurité, que c’est inimaginable de se prendre une torgnole, que quand t’as un soucis, tu as toujours quelqu’un sur qui compter, et qui va te câliner si tu t’es fait un bobo. Alors je me dis, plus tard quand tu seras grand, tu hésiteras un peu avant de foutre un pain à ton conjoint ou un flingue sur la tempe d’un inconnu.

Mais là, maintenant, j’ai confiance. J’ai ma petite fille endormie dans mes bras, et 50000 personnes clament haut et fort aux arbres citoyens, un monde pour demain. Alors, là , tout de suite , j’ai confiance et la larme à l’oeil.
Ps.: aujourd’hui, je suis sur une plage. A royan. Je suis au violon sur le sable.

Attention, attention, humeur avec plein de gros mots dedans

On dit souvent que les garçons pensent avec leur bite.
Plus précisément, les filles disent ça.
Sexisme ordinaire.
Le présupposé de cette assertion est sans doute que, nous, les fâaaames, on pense avec l’organe prévu pour. Notre cerveau.

Et bien c’est faux. Oui. Démonstration? Démonstration.

1) Les filles , ça pense avec l’organe dont elles ont besoin. 
On pense avec notre estomac quand on a faim. On devient notre petit orteil, celui qui sert à rien, quand on s’est cogné dans ce putain de pied de table basse de mes gonades.

Moi, présentement, qui cherche à faire un enfant, je pense avec mes ovaires aux alentours de J14. Puis avec mon utérus. Je lui parle même.  J’ai de grandes conversations avec mon utérus.  Oui oui. Bon,  de grands monologues surtout. Plutôt du genre buté, la bestiole. En toute fin de cycle, je le supplie. Mon cerveau est tout entier localisé dans ma culotte.
Idem quand j’allaitais, mon cerveau était entièrement dans mes nibards.  Une seule pensée m’obsédait. J’ai assez? Est-ce que j’ai assez? Putain de bordel de merde, j’ai PAS ASSEZ! J’ai assez? Oui, je dois avoir assez. Et si j’avais pas assez? C’est sûr, j’ai pas assez. (Sanglots) J’ai pas assez (re-sanglots) .
Vous conviendrez, que l’intelligence de ce genre de discours est quand même gravement limitée.
Si mon cerveau avait joué son rôle d’organe doué de raison, il m’aurait dit : regarde ton bébé, il est tout joufflu.  Tout rose et bien portant. Regarde, il a niqué tous ses beaux bodies avec ses magnifiques cacas jaunes . Regarde, il te pisse joyeusement dessus. Regarde. PUTAIN, MAIS REGARDE BORDEL, T’ES CON OU QUOI?  Oui mon cerveau m’aurait pourrie.  Mais mon cerveau s’est tu. Mes nichons étaient les seuls patrons. Ils commandaient mon humeur. Hystéro-euphorique, si gros et dégoulinants.  Suicidaire, si raplapla. Ou ne ne se vidant pas. Ou douloureux.  Ou….

2) Là où la gonzesse ordinaire sème le trouble, c’est qu’elle est capable d’être entièrement concentrée sur ses mamelons ou son slip,  tout en menant une conversation normale, voire enjouée.  Pas plus tard qu’hier, j’ai bossé.  Oui, bossé. J’ai examiné des patientes. Posé des perfusions, rassuré sur des allaitements, ri avec mes collègues , même posé des diagnostics.  Mouhahaha. Personne ne s’est douté une seconde que j’étais devenue ma culotte en coton.
Nous sommes capables d’être en pilote automatique et même de prendre des décisions adaptées, alors même que nous sommes réduite à un canal galactophore. 

3) parce que toute démonstration comporte 3 points. 

Bref. Les mecs pensent peut-être avec leurs bites. Mais nous pensons avec nos vagins et nos seins. Ne nous leurrons pas, nos miches ne sont pas plus brillantes.

Parfois. Juste de temps en temps, j’aimerais bien que mon cerveau reste à sa place. Dans ma tête. Parce qu’à force de voyager dans tout mon corps, ben, moi, j’ai mal au coeur.

Régurgitations.

Bon. Aujourd’hui, je vous le dit ça me saoule de vous causer d’allaitement.  Ouais.  Chuis trop une rebelle.  On est dans un magazine sur l’allaitement.  C’est la semaine mondiale de l’allaitement. Bon. Ben moi, je vais bientôt vomir tout le lait maternel que j’ai jamais bu.
Ras le nichon de vous parler de mes mamelons. Et des vôtres. Et si on parlait de vos vagins plutôt? Non? La prochaine fois, alors.
La “smam” de son petit nom, c’est comme les restos du coeur. On s’est dit on se fait ça quelques temps, comme ça, le temps d’informer tout le monde et pis on arrête dès qu’on a fait le taf. Ça fait 22, allez 21 ans, que ça aurait dû s’arrêter. Ça aurait même pas dû exister. Ou alors juste histoire de bouffer des muffins entre copines, avec les morpions en écharpe.
Je voudrais tellement que ça soit fastoche de filer à boire à son bébé.  Je voudrais tellement qu’on ait pas à se poser la question. 
C’est tellement compliqué le reste aussi.  L’éducation, la peur de l’avenir.
Quand je vois ma fille de 4 ans qui joue à tirer son lait (pour le donner à papi et mamie), je suis contente. Je me dis que pour elle, ce sera peut-être pas plus facile, mais plus évident. Plus “naturel “, même si on est d’ac que, dans nos sociétés ultra manufacturées,où le “naturel ” s’appelle “nude”, et la simplicité s’appelle Apple, la nature est bien planquée.
Alors oui. Je voudrais qu’on ait pas besoin d’une semaine.  Ni même d’une journée.  Je voudrais qu’on ait pas besoin d’un magazine ou de bouquins. Je voudrais qu’on ait pas besoin d’apprendre,  que  ce soit juste normal. Que je ressemble pas à une ayatollah de la miche quand j’encourage à allaiter plus de six mois. Que dis- je? Plus d’un mois. Un jour? (ou peut être une nuit, près d’un lac, je m’étais… heu… Je m’égare). Je voudrais qu’il y ait la paix partout dans le monde et que tout le monde se roule gaiement dans la rosée fraîche du matin.
Mais bon.
Je dis pas que, si tout le monde était convaincu, les mères n’auraient plus de crevasses et que la mastite serait un gros mot d’ancien français. Je dis pas ça. Je dit juste qu’en gaspillant moins d’énergie à convaincre et à informer, on aurait plus de temps pour agir et aider. Pour de vrai quoi. Concrètement.
Allez, p’têt qu’à force d’en parler, d’informer, d’expliquer, d’étudier, ma fille, dans 20 ans, n’aura pas à apprendre. A s’échiner, s’acharner. S’emmerder.  Juste pour filer à bouffer à ma petite fille.
P’têt que tous les bébés seront allaités.  Partout. Tout le temps. Et les mères encouragées. Par tous. Jamais jugées.  Soutenues et respectées. Aimées.
Et comme ça, on pourra parler d’autre chose. Parce que moi, entre nous, là,  je vous le dit. Hein . L’allaitement, ça me saoule.

P.S: une petite précision, je ne dévalorise absolument pas le formidable travail de tous les pros et les pas pros pourle marketing la promotion de l’allaitement . Je vénère trop pour ça mon adorable et incroyablement intelligente rédac en chef, de surcroît très belle et très drôle. Hein.

Des crepitudes

À O. Le bogoss qui sert de mari à ma pote.
La décrépitude est la fin la plus atroce qui soit. Pour une maison. Quoi de plus affreux, il est vrai, que ces maisons mal, plus entretenues, qui nous laisse à voir leurs moëllons, briques et autres parpaings.  Une maison décrépie, c’est une bimbo dont les artifices mammaires ont été retirés mais qui, en plus n’a pas eu la chance d’être recousue.  On voit le dedans, les viscères, ce que de toutes nos vies, nous nous acharnons à cacher. La décrépitude, c’est Brigitte Bardot.  Maintenant.  C’est la vérité à nu, dans sa plus cruelle franchise. Une méchante petite personne mesquine, moche.  Ce qu’on ne voyait pas dans ses jeunes années, éblouis par la blondeur, les yeux mutins, le cul arrogant. Laide, aujourd’hui, le cheveu foutraque, et le postérieur ridé, elle nous apparaît dans sa vérité, et sa décrépitude à elle nous, pardon, me dégoûte.  Et m’effraie.
Nous aimerions tous vieillir sagement, bellement, que les nombreuses rides apparues ne soient que le récit de nos vies exemplaires et palpitantes, qu’elles nous embellissent finalement, montrant à nos enfants, que vieillir est une belle aventure. Nous aimerions décrépir joliment. Gardant notre esprit affûté, notre sens de l’humour intact et nos corps encore assez aguerris pour aller visiter le monde que nous n’avons eu le temps que d’apercevoir depuis nos écrans de télé du temps de notre vie dite active.
Et pourquoi non?
Si dans nos entourages , plus ou moins proches, nos vieux ne ressemblent pas tous à Stephane Hessel ou à la mémé de la boom (1 et 2), est-on condamné au même sort? Est-on condamné à devenir égocentrés, pleurnichards, oublieux? Est-on condamné à rétrécir nos vies, nos esprits jusqu’à être assez petits pour rentrer dans l’urne qu’on nous choisira en fin de compte?
Et quand bien même.  Quand bien même, nous serions destinés à devenir de vieux cons, en attendant, ne peux t-on , ne doit t-on pas s’acharner à être de beaux adultes, de sublimes futurs vieillissants? Qui sait, si, par la force de l’habitude, nous ne serions pas, au final et par mégarde, des vieux con-venables?
Nous sommes éternellement insatisfaits. Que la mort nous prenne par derrière, alors que  nous sommes en pleine forme et encore plein de projets et nous la trouvons cruelle.  Nous crions que ce n’était pas notre heure. Qu’elle nous oublie, qu’elle nous laisse nous décrépir, nous pisser dessus en bavant, nous avilenir, qu’elle nous abandonne et ce sont nos enfants qui crient au scandale.
Je me souhaite de décrépir. Je nous le souhaite à tous. Espérant que le crépi parti, mes os, mon coeur et mon cerveau soient jolis. Espérant toujours regarder l’avenir, même s’il ressemble de plus en plus à un tunnel avec une lumière au fond.  Espérant être encore assez drôle, ou au moins être drôlement folle pour faire sourire mes arrières petits enfants.
Comme vous pouvez le constater, j’ai une haute vision de mon futur moi même.  C’est peut être ça que l’on appelle l’ambition.
Comme vous pouvez le constater, je n’aime pas Brigitte Bardot.