Prière automnale

Je m’écris ce soir une prière automnale. Je me l’écris à moi. Mais vous pouvez me l’emprunter. A condition de me la rendre dans l’état où vous l’avez trouvée.

L’automne est l’une de mes saisons préférées. Avec l’hiver, le printemps et l’été.

J’ai toujours hâte que l’automne arrive. Pour m’emmitouffler, mettre un bonnet. Mon gros gilet préféré. J’enfile mes boots super la classe, je bois un thé fumant. Je rêvasse.

Une fois que l’automne est là, pourtant, c’est la cata. Je suis fatiguée et déprimée. Je tombe malade. Je suis molle et casse-pied. Je fulmine.

Alors que, moi, je voulais juste kiffer.

Mater la nature qui met le paquet, qui joue avec des couleurs de feu, pour remplacer le soleil qui, tranquille, fait la grasse matinée.

Voilà. J’adore l’automne. Et je ronchonne. Artisane de mon malheur, je gâche les journées à râler. J’y mets une sorte de point d’honneur. Quand je dis je, c’est abusif. Je me regarde agir, en me demandant où toute ma volonté s’est exilée. Sans doute partie en vacances avec quelques unes de mes hormones. Je les imagine, en train de se marrer, sur une terrasse de café. En train de se dire que ça doit bien me faire ch… suer. Gagné.

Avec ma fille, ma beauté, je fais ça, souvent, aussi. Je râle, je ronchonne et je fulmine. Et une fois la journée passée, je regrette de n’avoir pas assez ri, bavardé et joué. Juste profité.

C’est culpabilisant, alors une fois la journée passée, histoire d’être un peu plus épuisée, je rumine au lieu de me reposer.

L’automne va passer, lassé de me voir grogner. Comme chaque année. Il reviendra. L’automne oublie qui je suis. Il me redonnera ma chance.

L’enfance va passer. Et je n’aurai pas d’autre chance. Pour rire, bavarder et jouer.

Alors, s’il te plait la vie, apprend moi à kiffer. Kiffer l’automne et l’enfance. Apprend moi à être moins moi. A être plus toi. Juste pleine de toi. Apprend moi à kiffer sans chonchonner. Apprend moi à t’aimer tout au long des journées.

C’est une prière assez courte, somme toute. Une fois le préambule passé. Du coup, si vous avez des trucs à ajouter… vous pouvez.

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Si je dois mourir demain

Si je dois mourir demain, je voudrais qu’on se rappelle mon rire.

Si je dois mourir demain, je voudrais qu’on se rappelle mes petits plats.

Si je dois mourir demain, je voudrais qu’on se rappelle ma gentillesse.

Si je dois mourir demain, je voudrais qu’on se rappelle que je voulais le bien.

Si je dois mourir demain, je voudrais être un souvenir qui fait du bien. Un doudou.

Je veux qu’on se rappelle les grandes tablées. La joie. La générosité.

Je veux qu’on se rappelle la vie heureuse. Simple.

En fait, je veux qu’on se rappelle de moi, comme je me rappelle mon père.

La mort est un phénomène curieux pour les vivants. Elle cristallise les souvenirs heureux. Mon père restera pour toujours ce bonhomme souriant et bienheureux. Ce grand maître des choux à la crème et des röstis. Cet homme taiseux dans sa cuisine.

Il ne se taisait pas parce qu’il n’avait rien à dire. Il se taisait parce qu’il écoutait. Le son du beurre dans la poêle. Mes bavardages. Les rires des copains. Des cousins. Il se taisait parce qu’il préparait sa prochaine bonne blague. Il se taisait et il souriait.

Alors, bien sûr, vous ne vous souviendrez probablement pas de moi me taisant, si je meurs demain. Mais si la vie me laisse un peu de temps. Alors, peut-être j’apprendrai, moi aussi, à me taire plus. Pas parce que je n’ai rien à dire. Mais juste pour écouter, ce que la vie a à me chuchoter. Les bavardages de ma fille. Le son du beurre. Les rires des copains.

Aujourd’hui, je me rappelle les yeux de mon père. Le bleu pétillant. De larmes. Ou de farces. Ce regard dénué de tout jugement. Le regard heureux posé sur moi, juste de me voir vivre.

Si je dois mourir demain, alors, je voudrais bien aussi qu’on se rappelle mes yeux.

Aujourd’hui je me rappelle ses salutations au soleil.

Son indignation devant la nourriture industrielle. Son jardin. Je crois qu’il aurait bien aimé cet homme, ce Pierre Rhabi.

Je ne sais pas bien si mon père avait des états d’âme. Je me souviens d’un homme, marchant tranquillement à travers la vie, souriant.

Bref, si c’est vraiment demain… alors j’ai du boulot aujourd’hui. J’ai pas tout à fait fini.

Du coup, si ça pouvait être après-demain . Ou après après demain…

Chialer en écoutant Renaud 

En cloque .  Moi je serai jamais .  En cloque .  

Tous les jours .  Ça va bien parce que je suis du genre à aller bien . Du genre qui rigole et qui sourie. Du genre qui préfère faire le ménage en dansant.  

Mais y des jours. Non, des instants .  Où  la tristesse gagne .  Où  je réalise.  Que sûrement ça n’arrivera plus. De sentir un bébé dans moi. Et puis les tétées. Ça n’arrivera plus de ne pas dormir ou que 2h. Mais c’est pas grave. 

Ça n’arrivera plus l’incroyable joipeur devant les 2 bâtons du tests .  Ça n’arrivera plus les rirlarmes. L’intensité du sentiment de la vie. La sensation de l’indispensabilité. 

C’est pas grave. Parce que je me remplirait d’autre choses. Je me remplit ailleurs.  J’aurai d’autres  intensités .  

Y aura pas d’autre bébé.  

Sûrement pas .  

Ça fait juste drôle de le dire et de l’écrire.

Ça paraît si absurde que j’ai souvent besoin de le dire. Peut être pour m’en persuader. Je suis tellement désolée les copains. C’est comme une rengaine mes mauvaises blagues sur mon ventre vide.  Un mauvais refrain d’une mauvaise chanson. Et vous qui avez la douceur de me sourire pour cacher ce malaise, que ce gimmik fait planer. 

Y aura plus de joipeur ni de rirlarmes . 

C’est un peu comme un deuil sans mort. Je peux pas trop pleurer parce que bon. J’ai perdu personne. 

Je peux pas trop pleurer parce bon. J’ai déjà tellement .  Tellement d’amour autour de moi. 

Je  peux pas trop pleurer. Parce bon. J’ai déjà eu un bébé . 

Alors, juste un instant, comme une bouffée de chagrin, je chiale en écoutant Renaud .  Je rerirai demain .  D’ac? 

Ben, Martin. T’as craqué ?…

Martin, Martin, c’est quoi cette merde que tu nous as foutu, là ? Je pars de Twitter, quoi? un an? Pas plus… je reviens , et c’est un bordel… 

Martin, c’est naze, ça. Tu peux pas faire ça.  Utiliser les armes de ceux que tu détractes depuis si longtemps. La violence, les insultes. Non, Martin.  C’est toi qui nous l’as dit. ON A PAS LE DROIT AUX INSULTES. 

Martin, Martin, c’est fou quand même que ce soit moi, petite sage-femme de province, qui dût te dire ça.  Oui, oui, qui dût.Martin, t’imagines pas ce que tu as été pour moi. C’est toi qui m’a fait réfléchir à ma pratique, il y a quelques années.  Quand je m’endormais un peu. C’est un peu grâce à toi que je fais gaffe tous les jours à la pudeur.  A écouter sans juger. Au respect. C’est un peu grâce à toi que je fais suer mes étudiantes avec tout ça. A prendre du recul, par rapport aux labos. J’ai évolué, concrètement, au quotidien.  J’ai commencé à voir les défauts.  Et à les combattre.  En douceur. 

En douceur, Martin ! Parce que nous, on est les gentils. Faut pas se tromper de cible, Martin.  Nous, les gentils, notre modèle au combat, c’est Gandhi. Ouais, même pas peur.  Gandhi, Martin.  LA NON VIOLENCE.  Te trompe pas,Martin.  

En vrai dans la vraie vie du quotidien de l’hôpital, je vois quoi, moi ? Je vois des soignants qui se battent au jour le jour avec les moyens qu’ils ont pour soigner (mission première, rappelons-le) en restant bienveillants.Pour être à l’écoute et respectueux. Comme tu nous avais dit, Martin. 

Je te jure,Martin, t’imagines pas, toi, là -bas dans ton Canada, comme ça a changé.  La différence entre avant et maintenant.  

Bien sûr, je vais pas te la jouer bisounours, Martin.  Tu me croirais pas et t’aurais raison.  Des cons, y en a. Des maltraitants.  Des Jenairienafoutre.Bien sûr, Martin.  

Mais de là à faire un livre, en disant qu’on est tous des brutes. Martin, un peu de sérieux.  Je suis blessée, Martin.  Ça me fait pareil que quand Bertrand Cantat a tué sa femme à coups de poings. Je savais plus si j’aimais sa musique. J’étais tellement fâchée contre l’homme que je l’étais aussi contre ses chansons.  

La bienveillance, c’est pour tout le monde. Pour les soignants aussi. Parce qu’on peut pas dire à un enfant de pas taper si on lui colle des torgnoles. Parce qu’on peut pas punir les voleurs et planquer sa tune en suisse. Parce c’est pas juste. 

C’est pas juste. 

C’est pas juste.  Et du coup, c’est contre productif. Je sais plus si je dois te faire confiance, Martin.  Entre le titre racoleur et les histoires de chasse dignes du “nouveau détective”. 

Sur Twitter, tu réponds à une Tweeteuse qui s’inquiète de toi (la bienveillance de la meuf, Martin.  LA bienveillance ) je cite ” quand on jette un pavé dans la mare, il faut s’attendre aux éclaboussures “.

Oui, Martin. Très bonne métaphore, le pavé. C’est exactement ça.  Ta colère contre les méchants, s’est compactée en un gros pavé, et tu l’as balancé dans la mare.  Et puis maintenant ? Ton pavé est au fond de l’eau, non sans avoir éborgné au passage ceux d’entre nous qui essaient de nager tranquillement et de se dépêtrer de leur mission du mieux qu’ils peuvent.  

Ton pavé est au fond de l’eau , sans personne pour vouloir aller le chercher et le regarder . Et toi, t’es tout mouillé.  T’as froid. 

Et tu pourras pas compter sur les éborgnés pour venir te réchauffer. Ils sont en colère.  Deg. Deg qu’on leur tape encore sur la tronche.  Deg qu’on voit jamais tous les efforts qu’ils font. Deg. 

Tu nous aurais lancé une jolie barque, Martin. Comme celle du choeur des femmes.  Ça aurait tout changé. 

Non seulement, ton pavé il t’éclabousse toi, mais en plus tous les bouquins que tu as écrit avant. J’te dit, comme les albums de Bertrand Cantat.  

J’te jure, tu me fais chier, Martin. J’ai failli divorcer ce matin à cause de toi. Mon amoureux, il est tellement tourneboulé de se faire traiter de brute qu’il a du mal à comprendre quand je lui dit qu’avant t’étais un mec bien. Passque,  Martin, t’as été important pour moi. Autant que Saint-Exupery. Autant qu’Alexandre Jardin et son Fanfan.  Alors, j’ai voulu un peu te défendre, quoi. Ça fait mal quand on touche à vos modèles à penser. Et puis.  J’ai plus pu. J’ai du m’incliner devant ce que j’ai lu de ton livre. 

Tu me fais chier, Martin. De faire mal à mon homme comme ça.  De me faire mal à moi. De faire mal à nous. Les choupis.  Quand tu généralise comme ça, tu sais que c’est des méthodes de voyous. De populos.  Et puis, tu sais que c’est faux.  

Si tu veux d’autres histoires, je pourrais te faire passer les gentilles lettres de mes patientes.  Les mercis. Ça te changera. Ça doit être dur qu’on te raconte que des trucs moches. Faut p’têt qu’on te raconte les belles aussi, d’histoires…

Tu me fais chier, Martin.  Je t’aimais bien. 

Combles

Je fume, je comble.
Je coud, je comble.
Je cours, je comble.
J’achète , je comble.
Je bouffe,je comble.
Je comble le manque de toi, petit tout. Toi, qui prend ton temps.  Toi, qui hésites. 
Pour t’avoir, j’arrête de fumer. Encore plus de couture, de course. J’espère pas trop de bouffe.
Je comble le manque de toi, petit début. 
D’ac, promis, je fais un trait sur la famille nombreuse que j’avais rêvée.  On sera que nous 4. Papa. Luce. Et moi. Et toi.
Ce sera chouette, tu verras.  Lulu a déjà plein de projets avec toi.  Il faut pas que ça te fasse peur.  Elle sera une super grande soeur. Elle s’entraîne dur et chaque jour.
Allez, quoi fais pas ton timide.  Y a pire comme famille.  Chez nous, c’est chouette.  Y a un chien bizarre et un chatte râleuse.  On se taquine. On se bagarre . Pour rire toujours.  Parfois, c’est vrai, on s’engueule.  Mais ça passe.  Pis on se pardonne.  On se câline. Beaucoup.  On a même le droit de manger devant les dessins animés.  De temps en temps.
On rit.
Allez quoi, viens.
Les combles , c’est pour les vieux trucs. Et c’est à ça que commence à ressembler mon utérus. Des combles poussiéreux.  Avec des toiles d’araignée et trop de jouets abandonnés. Des déguisements dédaignés. 
Allez, viens m’habiter.  Viens faire le ménage dans ces trésors, je suis sûre qu’ils peuvent servir encore.
Viens. On sera bien là, tous les 4. On regardera les poissons et les grenouilles.  Tu rencontreras les copains. Tu verras, y en a plein. A l’apéro, y a toujours des chips et des saucisses.  Tu aimeras peut être le saucisson et le melon? Lulu aime pas trop. Les après-midi, tu verras, des fois on boit des cafés avec les copines. Enfin,toi tu joueras avec tes copines et moi je boirai des cafés. Tu vois,c’est déjà tout organisé.
Allez. Viens. Petit tout.
Je suis fatiguée de combler.